On a beau essayer d’être optimiste, on a beau essayer de croire encore qu’il peut y avoir une lueur d’espoir mais cette pyromanie propre aux malgaches rend définitivement pessimiste sur l’avenir du pays. Il y a eu un incendie à la cour des comptes. Avant même de se poser la question sur l’origine de l’incendie, bon nombre de malgaches ont découvert qu’il y avait une cour des comptes à Madagascar et surtout découvert le rôle d’une cour des comptes et pour cause ! Combien de malgaches ont eu accès aux rapports de la cour des comptes et combien de fois notre cour des comptes a-t-elle présenté son rapport ? Avant même de savoir l’origine de l’incendie, la conclusion fuse, on brûle car on ne veut pas que la vérité sorte, on brûle car on cache quelque chose, on brûle car one ne veut pas être contrôlé…et brûler est une des spécificités de Madagascar. On ne brûle pas seulement la forêt, on brûle le palais du premier ministre, l’hôtel de ville, le palais de la reine, le Rova d’Ambohidratrimo car c’est si facile de brûler de démolir en sachant pertinemment bien l’incapacité de reconstruire. L’incendie qui a eu lieu à la cour des comptes interpelle car c’est un symbole d’un Etat, tout comme les émeutes de Maroantsetra touchant le palais de justice car le palais de justice est aussi un symbole d’un Etat. Entre la manie de brûler, de détruire, de saccager et l’incapacité de construire, de reconstruire, de remettre de l’ordre la sortie du tunnel attendra encore des années tandis que ailleurs les choses avancent. Une fois qu’on a brûlé, après le semblant d’indignation, après quelques larmes, après quelques manifestations, on va quémander pour avoir de l’aide afin de reconstruire…et on n’arrive pas à reconstruire même si on obtient l’aide parce que la destruction est notre spécialité et la reconstruction nous insupporte, l’aide n’arrive pas à destination. Et c’est le cas dans tous les domaines de notre quotidien. Les ponts sans parapets font partie du quotidien, les dalles sans protection font partie du quotidien, si bien que lorsqu’on apprend qu’il y a eu un incendie à la cour des comptes ou qu’il y a eu des actes de vandalisme dans un palais de justice, plus personne ne s’insurge et plus personne ne s’étonne…comme s’il s’agit du cours normal des choses. Plus personne ne s’insurge encore moins les dirigeants attirés par l’ailleurs, attirés par les fastes des pays développés, peu soucieux de l’intérêt commun, peu soucieux du développement du pays et qui étrangement semblent incapables de prendre exemple sur ces ailleurs qu’ils aiment tant visiter, sur ces ailleurs où ils envisagent de s’exiler une fois qu’ils quittent le pouvoir malgré eux car inévitablement ils sont amenés à s’exiler, à fuir le pays, à fuir le regard des millions d’âmes de compatriotes qu’ils ont mis à genoux…Parfois même, tout en étant au pouvoir, certains font déjà fuir leurs progénitures, les envoient à l’école au loin parce qu’ils n’ont pas la conscience tranquille et craignent pour leurs enfants. Attendent-ils que le pays dans son entier brûle pour prendre conscience de leur devoir, pour se rendre compte de leur responsabilité ? Ou attendent-ils le prochain feu ?
Anaïs T.