Après les ménages américains en 2007-2008 et les États de la zone euro en 2011-2012, c’est désormais au tour des pays émergents de se retrouver dans l’épicentre de la tempête, en partie en raison d’un endettement excessif. Comment en est-on arrivé là ? Une croissance divisée par deux dans le monde émergent entre 2010 et 2015, des politiques monétaires très expansionnistes après la crise de Lehman Brothers et la chute des prix des matières premières depuis mi-2014 sont toutes en cause.
Dans ce contexte de hausse des risques pour les entreprises, Coface déclasse ou met sous perspective négative bon nombre d’évaluations de pays émergents, à la fois en Amérique latine (Brésil pour la 2ème fois en moins d’un an), en Afrique (Afrique du Sud, Algérie, Zambie, Tanzanie, Gabon, Namibie, Madagascar), au Moyen-Orient (Bahreïn) et en Asie (Kazakhstan).
Maigre lot de consolation : beaucoup d’économies ont aujourd’hui davantage de capacités de résistance (flexibilisation des régimes de change, réserves de change abondantes, meilleure capitalisation des banques, faible dette publique comparée à celles des économies avancées…) qu’au cours des années 1990 marquées par de nombreuses crises émergentes. Et toutes les régions ne sont pas affectées de la même manière par ce double choc sur la croissance d’une part, et l’endettement des entreprises d’autre part. L’Europe centrale reste par exemple peu touchée à ce stade, ce qui conduit d’ailleurs Coface à reclasser l’évaluation de la Hongrie (de B à A4) et à mettre sous perspective positive celle de la Lettonie.
Toujours au rayon des bonnes nouvelles, la zone euro continue de se rétablir graduellement, comme en atteste la mise sous perspective positive de l’évaluation de l’Italie. Mais le pétrole bon marché, l’euro faible et la lente décrue du chômage ne doivent pas faire oublier les nombreuses sources possibles de risque cette année, au premier rang desquelles figure le risque politique (Espagne, Grèce, Portugal). Hormis celles dont l’activité dépend beaucoup du secteur de l’énergie (Canada déclassé en A2) et/ou de la croissance chinoise (perspectives négatives pour les évaluations du Japon, de Taïwan et de Hong Kong), les économies avancées dans leur ensemble profiteront sans doute encore d’une croissance modérée en 2016. Mais ces quelques bonnes nouvelles ne seront malheureusement pas suffisantes pour faire redémarrer la croissance mondiale cette année !
Dans cette situation, pour Madagascar, les analyses de la Coface font état, notamment, que La progression attendue des recettes fiscales sera insuffisante pour couvrir la hausse des dépenses budgétaires, empêchant toute amélioration des finances publiques. Malgré les mesures destinées à augmenter les recettes, grâce notamment à une amélioration du recouvrement des revenus fiscaux et douaniers, les revenus de l’Etat resteront contraints par le manque de dynamisme de l’économie. La baisse annoncée des subventions devrait par ailleurs être plus que compensée par une hausse des dépenses d’investissement, en raison des engagements pris par le nouveau gouvernement en matière de projets d’infrastructures. Ces dépenses devraient être financées, au moins partiellement, par l’aide internationale. Mais la reprise effective des versements, interrompus par les pays donateurs et bailleurs de fonds internationaux depuis le coup d’Etat de 2009, reste liée à la stabilisation de la situation politique. Enfin, le remboursement progressif des arriérés domestiques de l’Etat et les pertes financières accumulées par la compagnie nationale d’eau et d’électricité (JIRAMA) pourraient peser davantage sur le budget en 2016.
Le déficit courant devrait légèrement diminuer en 2016 en raison du repli des importations qui devrait plus que compenser la stabilisation, voire la baisse des exportations. Les ventes de textile à l’étranger devraient progresser mais les revenus provenant des principaux produits d’exportations (nickel, cobalt en particulier) seront contraints par l’absence de rebond des prix de ces matières premières.
Les importations de biens de consommation seront freinées par une croissance peu dynamique. Les achats de biens d’équipement, ralentis avec l’achèvement des projets de développement miniers, resteront soutenus, mais dans une moindre mesure, par le développement du champ pétrolier de Tsimiroro.