Le corps de Mandignisoa a-t-il été ramassé par les gendarmes et enterré en secret en rase campagne ? Il s’agit de cet exploitant minier de 29 ans, tué par balles selon sa famille, lors d’une expédition militaire conduite par Matthieu (fils du président Hery Rajaonarimampianina) sur une carrière d’Anjozorobe. Lors d’une conférence de presse, organisée hier, la famille, assistée par des personnalités politiques du Sud, a réclamé la restitution du corps. La photo du décédé a d’ailleurs été exhibée à cette occasion, pour donner un caractère plus concret aux revendications de la famille.
En tout cas, les orateurs au micro ont fourni des détails troublants sur l’expédition militaire d’Anjozorobe. Selon eux, Matthieu était sur place et a été reconnu par de nombreux témoins. Il aurait d’abord transité dans le chef-lieu Anjozorobe à bord d’un véhicule 4x4 portant une plaque de la Présidence, et y aurait embarqué des gendarmes, dont un dénommé Fetra. Il se serait ensuite rendu à la carrière de pierres précieuses, escorté par des militaires. Parmi ces derniers, un certain sergent Ruffin a été reconnu par la famille comme étant l’un de ceux qui ont tiré sur les exploitants miniers…
L’enquête devrait jeter la lumière sur ces faits avancés par la famille. Mais y aura-t-il des investigations neutres et impartiales, quand on sait que les principaux gradés de la gendarmerie s’attachent déjà à disculper Hery Rajaonarimampianina et son rejeton ? Ces officiers tiennent, en effet, leurs postes de commandement et leurs grades du chef de l’Etat, chef suprême de l’Armée, et on comprend pourquoi ils favorisent la thèse présidentielle. Un service rendu au président de la République dans cette affaire délicate pourrait leur valoir un avancement fulgurant…
Notons qu’après des interventions musclées de l’Armée où il y eut mort d’hommes, le mythe des « corps ramassés et enterrés en secret » a toujours prospéré. Il en était ainsi lors de l’assaut contre les Kung Fu en août 1985, lors du carnage devant le palais d’Iavoloha en août 1991 ou lors de la tuerie du 7 février 2009 devant le palais d’Ambohitsorohitra. Les cadavres sont escamotés, dit-on, d’abord pour diminuer le nombre des victimes. Ensuite, pour que les émeutiers ne les exploitent pas pour attiser la fureur de la population. Il est possible qu’à Anjozorobe, le corps de Mandignisoa a été inhumé en secret pour priver d’arguments les détracteurs du chef de l’Etat et de son fils. L’enquête devrait… Mais qui croirait aux conclusions d’une enquête officielle ?