Ce n’est par plaisir que de nombreux habitants de la capitale marchent tard le soir. Bien souvent, ils ont quitté tardivement leur lieu de travail. Ils n’ont pas les moyens de prendre un taxi hors de prix ou bien ils ont raté le dernier minibus. Il existe d’innombrables autres raisons pour marcher tard dans la nuit noire: une panne de voiture ou de scooter, une fête familiale, une veillée mortuaire ou encore la recherche d’un médecin ou de la pharmacie de garde. Ces honnêtes gens sont les proies faciles et idéales des bandes armées. L’insécurité est totale et partout. Autrefois, il existait des zones rouges qu’il était préférable de ne pas traverser à pied après 20 heures. Aujourd’hui, pas un quartier, pas un seul, n’échappe aux malfrats qui frappent et tuent des victimes, de manière ciblée ou spontanée, pour un million Ariary comme pour mille Ariary. Toute somme est bonne à prendre pour acheter de la nourriture, de l’alcool, des cigarettes ou de la drogue. Les attaques spontanées sont risquées pour les assaillants mais ceux-ci n’ont rien à perdre et se sentent tout-puissants lorsqu’ils sont pris dans une dynamique de groupe. Le régime a lancé un plan pour réduire l’insécurité mais on en est encore aux effets d’annonces. On sait déjà que, pour se décharger de ses responsabilités, il va exiger une plus grande implication du fokonolona pour sécuriser les quartiers. En attendant, les honnêtes gens sortent de moins en moins le soir dans la capitale et ce, au grand désespoir des restaurateurs. Ils préfèrent s’enfermer chez eux à double tour en priant tous les saints pour ne pas se faire attaquer à leur domicile au milieu de la nuit.

M. GASPARD