Deux faits ont alimenté les conversations pendant la journée du 9 mars dans la capitale. D’autant que certaines scènes portées sur le web ont assuré à ces évènements une large diffusion. Il s’agit d’exactions perpétrées par des éléments des forces de l’ordre ou personnes en uniforme contre des civils. Le premier fait eut lieu dans la nuit de mardi vers 20 heures à Ankorondrano, sur la route des Hydrocarbures : une 404 bâchée est entrée en collision avec un bus de la coopérative Miary, au carrefour situé en face du temple Jesosy Mamonjy. Furieuse, la dame propriétaire du véhicule de transport en commun a appelé au téléphone son fils. Venu sur les lieux, ce dernier, commissaire de police de son état, a invectivé le chauffeur avant de le rouer de coups de poing et de coups de pied. Sévèrement touché, ce dernier a été embarqué à bord d’un 4x4 Land Cruiser et conduit au commissariat. Le second événement s’est déroulé presque à la même heure à Ankadindramamy : un taxi 4L a embarqué des passagers sans se garer sur les côtés, gênant la progression d’une moto montée par deux passagers. Irrités par cette obstruction, ces derniers ont poursuivi le taxi, ont tiré le chauffeur de son siège et l’ont énergiquement tabassé. Les deux auteurs de violence ont été reconnus par les badauds présents : il s’agit de militaires de la garde présidentielle qui habitent la cité de Nanisana. Dans les deux cas, la foule, bien que révoltée par le déchaînement de violence, s’est gardée de sévir contre les hommes en uniforme. Il est vrai qu’agir, c’était s’exposer à une comparution devant le tribunal. L’acte peut en effet être assimilé à une violence contre des agents des forces publiques, ou à une résistance contre une arrestation « légale ».

Il s’agit là de deux abus très prononcés qui ont eu de larges échos chez le public. Mais on rencontre souvent des excès d’envergure moindre et qui ne sont donc pas médiatisés : militaires, policiers ou gendarmes (généralement en civil) en colère qui sortent un pistolet pour menacer. Ou les mêmes qui administrent une gifle, un coup de poing ou un coup de pied sous l’effet de la fureur. On en a vu un qui, avec la crosse de son pistolet, a fracassé le rétroviseur d’un automobiliste qui lui aurait volé la priorité… Il s’agit là d’actes de violence gratuits commis sur de simples citoyens par des détenteurs de la force publique, représentants de la loi ou auxiliaires de la justice. En toute illégalité car ce genre de sévices tombe sous le coup de la loi, notamment quand des blessures ou des préjudices sont infligés aux victimes.

Comment expliquer cette recrudescence des exactions des gens en uniforme contre les civils ? D’abord car le pouvoir civil fait ouvertement montre de zèle et de servilité à l’endroit des militaires. De crainte de provoquer le courroux de ces derniers, on passe l’éponge sur leurs abus et on excuse leurs pires agissements. Le fait n’échappe pas aux personnes en uniforme… Ensuite car des spectacles courants semblent manifester la suprématie des militaires sur les civils, comme la répression des « manifs » où des corps en uniforme exercent des violences sur des civils désarmés, sans encourir de sanctions. Notons par ailleurs l’interpellation musclée d’une députée de Tana-Ville à Namontana, qui bien que bénéficiant de l’immunité parlementaire, a été tirée sans ménagement de son véhicule. Pour ces raisons, les militaires se croient « tout permis », ou placés au dessus de la loi et bénéficiant de l’impunité. Il est vrai qu’on ne connaît pas d’exactions des forces de l’ordre qui aient reçu une punition.

En tout cas, le grand public n’ignore rien de ces abus, y compris les exécutions sommaires ou le mitraillage de paysans à partir d’un hélicoptère dans le Sud. Ces exactions, abondamment commentées, contribuent à l’impopularité d’un régime de plus en plus décrié.

  1. R.