Le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, Mahafaly Olivier, a été évacué à la Réunion le week-end dernier. Le gouvernement a pris la peine de communiquer son bulletin de santé, sans pour autant préciser les frais qu’il a engagés. La transparence est pourtant de mise, puisque ce sont les contribuables qui paient. Et qu’en est-il de la grande masse qui n’a pas accès aux soins de santé et même aux soins de base ?

En milieu rural, le taux de la population concernée (97,5%) dépasse le taux de pauvreté selon le seuil international (93%). Pour les citadins, il se situe presque au même niveau de la pauvreté. Ce qui veut dire que 94% des populations urbaines n’ont pas accès aux soins de santé de base. Ces chiffres de l’Organisation internationale du travail (OIT) pour l’année 2015 semblent être exagérés. Mais quand on jette un coup d’œil sur le taux de pauvreté, ils collent à la réalité. Quand on ne dispose que de moins de 6 000 Ar par jour, il est difficile, voire impossible, de se rendre dans un centre de santé pour faire soigner son enfant d’une diarrhée, d’une maladie respiratoire…

Si la consultation est gratuite dans les Centres de santé de base (CSB), les médicaments ne le sont pas. 40% du coût des soins sont encore à la charge des patients, selon les données du ministère de la Santé publique. Mais il est sûr que le ministre malade d’une hémorragie digestive n’a rien payé de sa poche que ce soit pour son hospitalisation à Antananarivo ou pour son évacuation et les soins qu’il reçoit à La Réunion. Certes, il peut bénéficier d’un traitement de faveur en tant que ministre, mais l’écart est trop abyssal avec la majorité des Malagasy. Or, même si le secteur de la santé ne dispose que de la moitié du budget dont il a besoin, ce budget est alimenté, entre autres, par les contribuables. Ces derniers prennent aussi en charge les salaires et avantages des responsables étatiques élus et non élus. Ils sont pourtant les premiers à être victimes du système de santé. Et quand ils sont atteints d’une maladie grave nécessitant une opération chirurgicale ou une évacuation sanitaire à l’étranger, ils n’ont que leurs yeux pour pleurer. Car, en réalité, ils n’attendent plus que la mort, faute de moyens.

Il faut d’ailleurs remarquer que dans la plupart des régions, rares sont ceux qui habitent à moins de 5 km d’un CSB. Le transport entre le domicile et le CSB le plus proche pose déjà un grand problème qui peut entraîner la mort. Comme quoi, mieux vaut être ministre ! A titre de rappel, le ministre de l’Intérieur n’est personne d’autre que celle qui a esquissé une danse à l’Assemblée nationale lorsque la motion de censure contre le gouvernement Ravelonarivo a échoué, courant juillet 2015 ! En fait, il y avait de quoi se réjouir avec les multiples avantages donnés aux ministres et refusés au commun des Malagasy à cause de la mauvaise gouvernance des dirigeants.

Fanjanarivo