C’est certainement à Madagascar que les automobiles ont des empreintes digitales. Pourquoi ? Parce qu’on a institué les cartes grises biométriques. Depuis l’année dernière, l’Etat a créé ce genre de carte. C’est le ministre de l’Intérieur en personne, Olivier Mahafaly, qui en a fait la promotion en arguant la modernité et la lutte contre les falsifications.

Les crédules croyaient qu’on allait relever les empreintes des pneumatiques de leurs voitures, comme dans les films policiers. On s’attendait aussi qu’on allait photographier le véhicule et/ou son moteur. Rien de tout cela pourtant au centre immatriculation d’Ambohidahy et dans les bureaux situés dans les chefs lieux de province. Les propriétaires de voitures ont jusqu’à la fin de l’année pour changer la carte grise de leur véhicule en carte grise biométrique. Pour cela, ils doivent payer la somme de 375000 Francs.

Malgré le paiement de cette somme et la qualification pompeuse de biométrique, la nouvelle carte grise reste ordinaire. Il n’y a ni puce ni pictogramme, susceptibles de contenir les données biométriques qui par définition ne peuvent concerner que le propriétaire de la voiture, la biométrie ne relevant que la photo et les empreintes des personnes.

Les indulgents parlent d’abus de langage en faisant remarquer que « les pouvoirs publics veulent certainement mettre dans une base de données unique les renseignements concernant les véhicules». L’objectif serait de lutter contre les vols de voitures. Soit. On ne vit cependant plus sous la période socialiste où les vols de 2CV et Renault 4 faisaient rage sans parler des pare-brises et accessoires de voitures. On ne fait pas non plus face aux vols de minibus. Les automobilistes font plutôt face à la recrudescence des batteries d’accumulateurs.

Depuis l’institution de la carte grise biométrique, on n'a pas, en tout cas, vu aucun policier ni gendarme s’amener avec un micro-ordinateur ou un appareil permettant d'accéder au fichier central et vérifier l'authenticité du papier. A quoi sert donc le droit de 375 000 francs perçu pour cette carte grise si celle-ci ne comporte aucun gadget électronique ?

Le montant total collecté par les pouvoirs publics serait d'environ 200 milliards Fmg, le parc automobile étant évalué à 600 000 unités. On ne trouve cependant pas ces 200 milliards (environ 13 millions d’euros) dans aucun budget programme ni dans la loi de Finances 2016.

Et pourtant, selon les techniciens, il suffit à peine de 100 000 euros (1,700 milliard Fmg) pour constituer la base de données. Et tout en restant généreux, on dépensait 1 million d'euros pour équiper en matériels les brigades informatiques à raison de 1000 euros par unité. Où partent donc la majeure partie des 13 millions d’euros (200 milliards Fmg) ?

La question se pose aussi pour le permis biométrique. Là au moins, il y a une puce permettant d'identifier le titulaire réel de la carte. On se demande toutefois s'il y a vraiment urgence à instituer le permis biométrique. En France par exemple, la date butoir pour changer le permis de conduire est en 2033. La procédure est gratuite en France pour les titulaires. L’Etat prévoit même un budget de 40 millions d'euros pour changer les 40 millions de permis de conduire, soit un coût d'1 euro par permis. Chez nous, c'est dix fois plus, le droit à payer étant de 190 000 Fmg par permis.

Avec le permis biométrique, l'Etat collecterait environ 110 milliards Fmg. Mais là non plus, on ne trouve trace de la somme dans le budget de l'Etat.

En fait, des opérateurs se sont inspirés du passeport pour faire très vite beaucoup d argent. Le changement du passeport biométrique en électronique (un retour en arrière technologiquement) s'est accompagné d'une hausse des droits passant de 130 000 à 550 000 Fmg. Aucun investissement n'a été apporté sinon lors du changement, il suffisait de donner à un fonctionnaire du service des passeports, son passeport biométrique avec les droits et un petit pourboire et on revient le lendemain récupérer son passeport électronique sans avoir eu besoin de prendre ses empreintes et se faire photographier. Sans risque de se tromper, ce changement a permis de récolter la bagatelle de 100 milliards. Où sont-ils partis ?

Toujours est-il que comme personne n'a vu que du feu, on remet ça ou presque: les droits à payer pour un passeport sont désormais de 950 000 Fmg. On ne sait quel changement a conduit à cette nouvelle hausse des droits.

Pour les étrangers dont la carte de résident passe aussi au biométrique, on dit que les droits sont affectés à l'EDBM pour renflouer son budget. Mais quelle proportion des droits est-elle versée ?

Dans cette histoire de carte biométrique, il semble évident qu'un groupe d'individus se partagent le pactole. Autant d'argent qui aurait pu soulager les responsables de l'organisation du sommet de la francophonie. Des milliards qui auraient pu servir à alimenter les cantines scolaires. Une fortune qui passe au - dessus de nos tètes comme les criquets. Se démenant pour secourir nos concitoyens dans le sud, la pauvre ministre de la Population va-t-elle pleurer en découvrant ces grosses arnaques ?

Salomon Ravelontsalama