La création d’une société anonyme de traitement et d’affinage a été annoncée en conseil du gouvernement, il y a… près d’une année de cela. Plus précisément le 7 avril 2015. Pour l’heure, on ne voit rien venir. En attendant, l’on sait que l’Etat sera actionnaire majoritaire de cette société. Soit. Cette option pourrait lui permettre de générer de la valeur ajoutée et donc de disposer de recettes supplémentaires et conséquentes pour étoffer sa caisse. Elle pourrait aussi l’aider à devenir un exportateur exclusif ou non. Rappelons, en effet, que sous la transition et jusqu’à l’année dernière, l’exportation d’or a été uniquement confiée à la Banque centrale. Mais c’était une utopie, puisque les réseaux illicites ont pullulé et continuent à régner dans la filière, alors qu’aucune réorganisation de cette filière n’a été menée.

Les conditions pour faire réussir le monopole, mort-né de la Banque centrale, n’étaient donc pas réunies. Au contraire. Ce monopole hypothétique n’a fait qu’aider à l’explosion des trafics dont notamment les exportations illicites, alimentées, entre autres, par les acheteurs informels. Ces derniers squattent les trottoirs d’Analakely et il y en a également dans les autres grandes villes du pays.

Autrement dit, les autorités concernées ont du mal à réorganiser la filière ou manquent carrément de volonté pour le faire. Dans ce cas, la mise sur pied de la société de traitement et d’affinage par l’Etat risque de rencontrer les mêmes problèmes, c'est-à-dire la mauvaise gouvernance. Il n’y a qu’à observer les grandes sociétés à participation de l’Etat (Jirama, Air Madagascar…) dont la situation laisse beaucoup à désirer. Depuis des lustres, aucun régime n’a réussi à mener à bien la réorganisation de la filière or, surtout la branche qui concerne les petites mines. Quant aux grands investissements, la plupart peine à faire déboucher les travaux d’exploration sur l’exploitation.

De quels atouts le régime actuel dispose-t-il pour assurer la réussite de la future société anonyme de traitement et d’affinage ? Apparemment, aucun. La mauvaise gestion des sociétés à participation de l’Etat et le manque de volonté de ce dernier à redresser ces entreprises, est un exemple patent. De plus, le pays n’affiche pas des bons scores que ce soit en matière de gouvernance en général, de lutte contre la corruption, de facilités de faire des affaires, etc.    

Sinon, le traitement et l’affinage au niveau local devraient permettre aux bijoutiers et orfèvres de travailler de l’or de très bonne qualité. Ils pourraient ainsi professionnaliser un peu plus les activités de transformation, aider le pays à devenir un exportateur de bijoux et d’articles d’orfèvrerie. Mais toutes ces opportunités ne peuvent être exploitées sans une bonne gestion de la société de traitement et d’affinage. Et qu’en est-il des pierres précieuses ?

Elles valent plus que l’or et la réorganisation de cette filière devrait être prioritaire. En effet, environ 40% du saphir sur le marché international proviennent de Madagascar si ce taux a été estimé à 50% dans les années 2000. Seulement, le pays n’en profite pas. Les pierres sont souvent exportées brutes et surtout par des étrangers. Les petits exploitants qui les ont extraites du fond de la terre n’en récoltent que des miettes. L’Etat aussi.

Fanjanarivo