Pour une fois, une visite à l’étranger du président Hery Rajaonarimampianina est hautement instructive et fournira au pays des leçons utiles à son développement. Le chef d’Etat malgache se trouve, en effet, à l’île Maurice pour le 48ème anniversaire de l’indépendance de ce petit pays. Dans les années 60, Maurice était dans tous les domaines, placée derrière Madagascar. Aujourd’hui, la situation s’est inversée avec une île Maurice dont le revenu par an et par habitant s’élève à 15 000 dollars, contre… 450 seulement pour la Grande Ile. Souhaitons que les décideurs malgaches présents actuellement dans cette petite île sachent percer les secrets de cette croissance fulgurante. Et qu’ils sachent surtout acclimater et appliquer au pays les clefs de ce développement étonnant.
Dès la première journée, Hery Rajaonarimampianina eu deux audiences qui ont provoqué certainement sa surprise. En premier lieu, le président de la République est une femme, Amenah Garib Fakim, alors que chez nous, aucune des institutions officielles n’est présidée par une femme. En second lieu, le chef de l’opposition, Paul Bérenger, est une personnalité officielle, alors que chez nous, l’opposition brimée ou phagocytée par le pouvoir est inexistante. Le chef de l’Etat malgache se pénétrera certainement du fait suivant: le développement tient surtout à un état d’esprit qui intègre toutes les composantes de la nation à l’œuvre de redressement, sans exclusion aucune.
On résumera surtout le « miracle mauricien » en quelques recettes qui ont propulsé vers les sommets l’économie de cette petite île. En premier lieu, la stabilité politique et sociale a permis un essor économique continu et sans à-coups. En 48 ans d’indépendance, Maurice a connu six chefs d’Etat, mais les transitions se sont toujours faites en douceur. Chez nous, crises post-électorales, mouvements populaires et coups d’Etat déguisés ont émaillé 56 ans d’indépendance, ruinant les acquis des régimes précédents et tirant à chaque fois l’économie vers le bas. En second lieu, avisés et soucieux de l’avenir du pays, les dirigeants mauriciens ont orienté l’économie dans le sens le plus favorable, à chaque changement de cap de l’économie mondiale.
Monoculture de canne à sucre à l’origine, l’île Maurice s’est reconvertie dans l’industrie de zone franche quand le cours du sucre s’est effondré. Puis la manufacture du textile ayant été fortement concurrencée par la Chine et l’Inde, Maurice a viré vers les NTIC et le développement des secteurs bancaires et des services. En troisième lieu, la préoccupation constante des décideurs mauriciens pour la préservation de l’environnement (même marin). Ce qui a permis la promotion d’un tourisme haut de gamme et donc fortement rémunérateur. Chez nous, les forêts (de bois de rose) sont dévastées et les animaux endémiques sont chassés et font l’objet d’un intense trafic… En dernier lieu, Maurice a dès le départ pris la décision de se passer d’une Armée. Ce qui d’abord a favorisé d’importantes économies affectées à l’éducation et aux infrastructures. Ce qui ensuite a évité des coups d’Etat facteurs d’instabilité et de régression économique.
Grâce à tout ceci, Maurice est passée d’un pays à bas revenus au statut de pays nouvellement industrialisé. Dans le même temps, Madagascar, pays en voie de développement au départ est devenu un pays en voie de sous-développement…
Plus de visa pour les Mauriciens
Madagascar se propose à très court terme d’exempter de visa d’entrée les ressortissants de l’île Maurice. Et cela, pour faciliter la libre circulation entre les deux pays. Telle est la teneur d’un discours du président Hery Rajaonarimampianina, hier, lors de sa visite actuelle à l’île Maurice. En vertu du principe de réciprocité, la partie mauricienne devrait accorder à court terme les mêmes faveurs aux Malgaches qui se rendent à l’île Maurice.
Notons que dans les années 80 surtout, les ressortissants malgaches se rendaient en masse à l’île Maurice et à l’île de la Réunion pour faire du « bizina » (business). C’était l’époque de la Révolution socialiste, avec son cortège de pénuries dans la Grande Ile, et on achetait dans les îles soeurs des produits (vêtements, huile de table, beurre, savon etc.) que l’on revendait avantageusement au pays. Depuis cette époque, on savait dans la Grande Ile qu’il était nettement plus facile d’entrer à l’île Maurice qu’à l’île de la Réunion. Les choses n’ont guère évolué depuis, et les mesures qu’on se propose de prendre ne changeront pas grand-chose à cet état de fait.
Les efforts maintenant devraient être concentrés vers une facilitation de l’entrée des ressortissants malgaches à l’île de la Réunion, ne serait-ce pour commencer que certaines corporations comme les opérateurs économiques et les journalistes. La partie malgache devrait solliciter cette facilité dans le cadre de la Commission de l’Océan Indien, laquelle d’ailleurs milite pour la libre circulation d’un pays à l’autre entre ressortissants des pays membres. Notons qu’actuellement, les ressortissants des Seychelles et de l’Afrique du Sud qui entrent à l’île de la Réunion sont exemptés de visa. Les résidents de l’île de la Réunion entrant librement dans la Grande Ile, la règle de la réciprocité devrait être appliquée dans ce domaine. Si elle ne l’est pas encore, c’est peut-être surtout car la partie malgache n’ose pas la revendiquer…