Euphorie à la tête de la délégation malgache au terme de la visite d’Etat de trois jours, effectuée à l’île Maurice. Le séjour, en effet, fut émaillé de conventions pour l’implantation de zones franches, d’accords d’investissements, de signatures de partenariat ou de promesses d’ouverture du marché mauricien. Une visite apparemment fructueuse donc, et on ne s’étonnera pas si le président Hery Rajaonarimampianina et ses proches jubilent…

En fait, si la coopération entre les deux îles ne prospère guère et a besoin d’être relancée périodiquement, c’est qu’il y a dans les relations malgacho-mauriciennes un fond d’hypocrisie très marqué. Tenant le haut du pavé, l’île Maurice ne tient pas à être dépouillée de son leadership dans la zone. Se disant ouverte et coopérative, l’île sœur mesure son assistance et ne va pas jusqu’à accorder à Madagascar des chances de la surpasser.

Il existe d’ailleurs dans les rapports entre les deux pays des accrocs qui n’ont pas été évoqués lors de cette visite officielle. Citons, par exemple, le sort fait au groupe de restauration malgache Gastropizza qui a voulu s’installer en 2012 à Curepipe (Ile Maurice). Diverses brimades lui ont été infligées par l’administration et par les concurrents mauriciens, ces derniers menaçants même de l’accuser de trafic de stupéfiant devant la justice. Le traitement accordé à Gastropizza, qui s’est retiré de Maurice, donne une idée de la coopération « mutuellement avantageuse » entre opérateurs des deux pays et de l’ouverture de l’île Maurice aux entrepreneurs malgaches.

Mentionnons également le cas des fonds déposés par l’homme d’affaires, Roland Rasoamaharo, à la banque mauricienne SBM, et qui y sont bloqués jusqu’à maintenant. Pourtant, une décision de la justice malgache a donné l’ordre à cette banque de restituer cette somme d’environ 3 millions de dollars. Mais la SBM, à qui le président Hery Rajaonarimapianina a donné publiquement raison dans l’affaire, ne s’exécute pas. Notons qu’à l’île Maurice, aucune indulgence n’est accordée aux Malgaches condamnés pour trafic de drogue ou pour prostitution illégale, lesquels sont contraints de purger leurs peines jusqu’au bout.

Madagascar étant une puissance régionale (surtout militaire, l’île Maurice n’ayant pas d’Armée), les officiels et les opérateurs mauriciens se sont montrés conciliants, et même empressés, à l’endroit du président Hery Rajaonarimampianina. Mais doit-on donner du crédit aux promesses de collaboration et d’ouverture formulées lors de la visite ? Il s’agit d’engagements qu’il ne faut prendre qu’avec des pincettes. C’est que ces dernières décennies, les entreprises mauriciennes ont essuyé de graves déboires dans la Grande Ile et ne sont pas pressées d’y retourner. Lors des crises de 2002 et de 2009, les groupes mauriciens de zone franche ont fermé en masse à Madagascar et ont licencié des dizaines de milliers d’employés. Le retour de l’Agoa éveille leur intérêt, mais l’instabilité politique chronique de la Grande Ile suscite leurs réticences. Quid de ces énormes commandes tests de maïs et de haricots signées lors du séjour ? On a surtout affaire à de beaux parleurs qui, comme par le passé, vont invoquer des germes nuisibles ou une qualité défectueuse pour annuler le contrat.

Bref, après l’euphorie de la visite officielle, l’égoïsme, l’hypocrisie et même l’arrogance vont reprendre le dessus : l’île Maurice ne fournira pas à Madagascar les armes pour la combattre.

A. R.