Au lieu d’attendre uniquement le véto du FMI, qui conditionne le soutien des autres bailleurs de fonds traditionnels, les dirigeants devraient travailler en parallèle les autres possibilités de financement du développement. Sans pour autant verser dans les financements parallèles, rendus tristement célèbres par feu Richard Andriamanjato sous le régime Zafy ! En effet, même l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), regroupant les principaux donateurs pour les pays pauvres et fragiles, remarque dans son dernier rapport sur les Etats fragiles : « La multiplication des nouveaux partenariats pour le développement et des sources de financement qui en résulte offre aux pays fragiles la possibilité de bénéficier de nouveaux soutiens pour réaliser les objectifs de développement ».
Ces nouveaux partenariats sont constitués principalement par la Chine, la Turquie et les Émirats arabes unis. Madagascar a des liens diplomatiques et économiques avec ces pays mais à des niveaux différents. Ces liens sont plus importants avec la Chine sans qu’ils dépassent le niveau de partenariat avec les bailleurs de fonds traditionnels comme l’Union européenne, la Banque mondiale, et les partenaires bilatéraux tels la France et les Etats-Unis.
Or, la Chine accorde généralement des prêts concessionnels pour financer des infrastructures économiques. Un positionnement qui devrait servir Madagascar où quelques projets d’infrastructures financés par les Chinois ont vu le jour. Mais au lieu de solliciter l’Empire du milieu à financer des infrastructures énergétiques, des routes et d’autres installations économiques, les dirigeants malgaches se trompent souvent de priorités.
C’est ainsi qu’ils ont, par exemple, obtenu un financement pour la construction de l’hôtel 5 étoiles et des logements luxueux à Ivato, censés accueillir le sommet de l’Union africaine en 2009, un calendrier annulé par les mouvements politiques de cette année-là. Mais l’hôtel demeure non fonctionnel jusqu’à présent. S’il s’agit d’un investissement privé, le promoteur y aurait enregistré des pertes colossales. Quant aux logements devenus entre-temps un hôtel, ils sont installés sur un terrain ayant appartenu à l’Armée. Serait-il possible pour un promoteur immobilier ou pour un riche particulier d’obtenir aisément un terrain militaire pour y construire un projet immobilier ? Apparemment non.
Mais l’exécutif d’alors a cédé le terrain évoqué plus haut pour y construire des logements luxueux, censés accueillir les chefs d’Etat africain lors du sommet africain.
Etant donné la raréfaction des biens fonciers de l’Etat dans la capitale et ses environs, et des besoins fonciers pour le développement sur le moyen et le long terme, la cession de ce terrain était une erreur. Sinon, la Turquie est parmi le trio qui constitue les nouveaux partenaires des Etats fragiles. Jusqu’ici pourtant, la Grande Ile se contente des maigres échanges commerciaux avec ce pays. L’OCDE souligne cependant que la Turquie est le 6ème bailleur de fonds bilatéral pour les Etats fragiles, après les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Japon, l’Allemagne et la France. C’est aussi le pays qui a alloué le plus d’aide aux Etats fragiles en pourcentage du revenu national brut (0,25%), devant le Luxembourg, la Norvège, le Danemark et la Suède. Mais il faut déployer beaucoup d’efforts pour séduire l’Etat turc dans le sens où ses aides vont principalement à la Syrie, à l’Egypte et à l’Afghanistan. Quant aux Emirats arabes unis, il faudra attendre pour juger des résultats de la conférence à Dubaï dont l’objectif est d’attirer des investisseurs à Madagascar.