L’enquête sur le kidnapping d’Annie et d’Arnaud à Toamasina se poursuit-elle ? Interrogées, les instances judiciaires se retranchent derrière le « secret des investigations sur une affaire délicate ». Mais apparemment, l’enquête a été stoppée et l’affaire a été classée. Voilà deux mois en effet que les 21 suspects de Toamasina ont été extirpés de la prison de cette ville et transférés dans la capitale. Depuis, c’est le silence…

Quand suite à une initiative de la Présidence de la République, les détenus de Toamasina ont été délocalisés et le tribunal local dessaisi au profit de la Cour criminelle d’Antananarivo, certains ont récriminé contre cette immixtion de l’exécutif dans les affaires judiciaires. Il s’agissait effectivement d’une entorse flagrante aux dispositions de la Constitution et aux principes de la bonne gouvernance. Beaucoup néanmoins ont fermé les yeux sur cet accroc. Car dans cette affaire qui a ému et retenu en haleine, on pensait que sous la houlette de la Présidence de la République, l’enquête serait menée tambour battant et devrait aboutir rapidement à l’identification des vrais instigateurs de l’enlèvement. Le souhait général étant que le réseau de malfaiteurs soit démantelé et mis définitivement hors d’état de nuire.

Mais deux mois après la prise en charge de l’affaire par la Présidence de la République, on doit déchanter. Car visiblement, les investigations piétinent et la quête des coupables est au point mort. En apparence même, l’enquête a été arrêtée et l’affaire a été rangée dans les tiroirs. Quand le dossier a été du ressort du tribunal de Toamasina, des interpellations spectaculaires et des révélations inattendues ont émaillé les investigations. Remise à la Cour criminelle d’Antananarivo, l’affaire est entièrement dominée par le silence et l’ombre. On pense peut-être qu’après la libération d’Arnaud qui a provoqué le soulagement général, il n’y a plus lieu de poursuivre plus loin les investigations. En fait, dans cette affaire, il y a eu le meurtre d’Annie, l’enlèvement et la séquestration de deux personnes, des coups et blessures sur les kidnappés, autant de crimes qui doivent obtenir réparation devant le tribunal…

Si l’affaire a été mise sous l’éteignoir, c’est peut-être pour ne pas ternir davantage l’image des magistrats, dont la réputation est déjà souillée par les statistiques sur la corruption. On sait que le juge Rabehaja Jacky, avocat près le Cour d’appel de Toamasina a été interpellé et placé en détention dans cette affaire. Le président Hery Rajaonarimampianina, chef du Conseil Supérieur de la Magistrature vole peut-être au secours de ses protégés, les magistrats. D’ailleurs, à l’heure où des tribunaux sont saccagés et incendiés, comme récemment à Maroantsetra, il importe de sauvegarder à tout prix le prestige de la justice… Mais qui sait, les parents des kidnappés agissant dans la coupe du bois de rose dans le Nord-Est, des gros bonnets de l’exécutif sont peut-être mouillés dans cette affaire. Des barons de la Présidence de la République, sans compter le fameux Matthieu, rejeton présidentiel, voient en effet leurs noms prononcés dans des cas de trafic de bois précieux. Comme le dossier, dit-on, relève d’un règlement de comptes entre contrebandiers, le coup de filet pourrait ramener des hauts fonctionnaires d’Ambohitsorohitra.

Pour toutes ces raisons, on ne s’étonnera pas si l’enquête, après avoir tiré un véritable feu d’artifice à Toamasina, sombre ensuite dans l’obscurité à Antananarivo.

            A.R