Les vols reliant Madagascar à la Chine vont peut-être reprendre bientôt. Cette fois-ci sans que la compagnie Air Madagascar essuie des pertes considérables évaluées à 7 millions de dollars par an. La ligne serait, en effet, exploitée en partenariat avec Air Austral. Et quoique le communiqué de la présidence parle de la coopération entre les deux îles en général, c’est de ce partenariat que le président de la République Rajaonarimampianina a discuté, lundi dernier à Iavoloha, avec le président du conseil régional de La Réunion, Didier Robert, ce dernier ayant été accompagné du PDG d’Air Austral, Joseph Male.
Bien avant cette rencontre, le chef de l’Etat malgache avait déjà annoncé au cours d’une conférence de presse la reprise de cette ligne sans avancer aucun détail. Au terme de cette rencontre, les responsables malgaches annoncent le partenariat avec Air Austral qui «est déjà prête à payer les 50% des places à chaque vol du Boeing 747 d’Air Madagascar vers les destinations convenues dans le projet, que ces places soient occupées ou vides ». Ce qui, selon toujours le communiqué présidentiel, a amené Ulrich Andriantiana à déclarer que « c’est une décision qui va faire du bien à la rentabilité d’Air Madagascar ».
Le ministre des Transports ne croyait pas si bien dire. Depuis qu’il est à la tête de département, c’est peut-être la première déclaration censée qu’on entend de lui. Mieux, ce projet serait le premier initié en faveur d’Air Madagascar. N’en déplaise au soi-disant patriotisme de certains, des informations concordantes nous affirment que ce n’est par le ministre ni le DG d’Air Madagascar mais plutôt des experts nationaux et étrangers attachés à Air Madagascar qui ont imaginé le partenariat et convaincu Air Austral de voler au secours de la compagnie malgache.
Il est utopique d’imaginer que la compagnie réunionnaise fasse de la philanthropie. Elle trouve forcément son compte dans ce partenariat qui n’est qu’une reprise mais sous différentes conditions, Air Austral ayant déjà, à certain moment, acheté des sièges la ligne d’Air Madagascar reliant l’Asie via La Réunion. Cette ligne permettrait d’exploiter au mieux un des Boeing 777 d’Air Austral. D’après nos informations, en effet, ce serait la compagnie réunionnaise qui fournirait l’appareil en location avec l’engagement d’acheter systématiquement 50 % des sièges. On ne sait pas qui va payer la formation des pilotes et stewards d’Air Madagascar pour leur qualification sur le Boeing 777 ainsi que les autres conditions du partenariat. En tout cas, il semble que les conditions ne satisfassent pas le DG d’Air Madagascar, Gilles Filiatreault. D’après toujours nos sources, ce dernier se serait opposé à l’accord alors que les négociations étaient en cours de finalisation. D’où cette démarche réunionnaise qui s’adresse directement au président de la République.
Le communiqué de la direction de la communication ne dit pas ouvertement que Madagascar est prêt pour ce projet de partenariat qui constitue un moyen de sauver Air Madagascar. Ce partenariat pourrait ou devrait, c’est selon, se poursuivre sur les lignes vers la France en occultant les sanctions de l’Annexe B et toutes ses conséquences néfastes pour la compagnie en attendant que l’ACM et la sûreté aérienne soient dirigées par des gens qualifiées et hautement compétentes. Le régime qui a déjà retiré à Air Madagascar le handling (traitement au sol) et le catering (approvisionnement des avions) qui lui assurent des revenus très conséquents, veut-il vraiment la disparition d’Air Madagascar ?
Toujours est-il que les services de la présidence sont restés à l’époque du socialisme. Pour ne pas être taxés de faire la propagande du chef, ils ont choisi la personne la moins indiquée pour faire croire à la population le sauvetage d’Air Madagascar. Air Madagascar qui d’après toujours le communiqué, opère toujours avec un « Boeing 747 », le « Tolom-piavotana » qui a rendu l’âme en 1999 et dont l’acier de la carlingue a été certainement converti depuis en casseroles.
En tout état de cause, on souhaite que le président Rajaonarimampianina s’exprime sur le sujet. Si le DG canadien d’Air Madagascar s’oppose au projet contrairement à la position des autorités nationales, qu’on mette fin à son contrat. Au bout de six mois de direction, Gilles Filiatreault n’a d’ailleurs rien apporté à Air Madagascar. Il a pourtant séduit le public en annonçant voulant faire la lumière sur les contrats de location et vente des appareils d’Air Madagascar. Depuis, il s’est silencieux. Comme tous les précédents DG d’Air Madagascar. A quoi bon alors payer cher un expatrié pour la même docilité ? Air Mauritius l’a compris en dégageant le DG de nationalité sud-africaine pour le remplacer par un Mauricien. Maurice où le président de la République vient de séjourner est, dit-on, un modèle pour Madagascar…
Salomon Ravelontsalama