Gros battage médiatique actuellement sur la « cérémonie de réconciliation des Antefasy et des Zafisoro », organisée demain et après-demain à Farafangana, dans le Sud-Est. Invité, le président Rajaonarimampianina devrait s’y rendre pour patronner les festivités. Mais dilemme, certainement, chez le chef de l’Etat. Car le rassemblement est dénoncé par des natifs même de la région, lesquels exhortent Hery Rajaonarimampianina à ne pas faire le déplacement et à ne pas cautionner ce « guêpier ». La question est de savoir si le chef de l’Etat ira ou n’ira pas, demain à Farafangana.
Les Antefasy et les Zafisoro sont deux ethnies apparentées qui coexistent depuis des siècles sur des territoires voisins dans le Sud-Est. Suite à un brassage, opéré par le temps, Antefasy et Zafisoro se sont interpénétrés et mélangés. Mais un passé orageux, fait de tensions et de querelles, a laissé des séquelles et pèse encore sur les relations entre les deux ethnies. Le conflit le plus saillant fut celui de septembre 1990. Suite à une friction se rapportant à la propriété d’une rizière, Zafisoro et Antefasy se sont livrés à des attaques et à des contre-attaques sanglantes, saccageant et incendiant des villages. Bilan des accrochages : une quarantaine de morts.
Depuis, l’apaisement est revenu et la cohabitation harmonieuse a repris ses droits. Comme aucune ombre ne menace cette embellie, beaucoup s’étonnent, donc, de la subite tenue d’une « cérémonie de réconciliation ». Il s’agit d’un rassemblement qui mettra surtout en relief les « ampanjaka » (chefs coutumiers qui exercent encore une influence sur leurs sujets) ainsi que les intellectuels et cadres de la région, notamment ceux détenteurs de postes clés dans les rouages de l’Etat. Pourquoi la vive polémique actuelle qui divise les originaires de la région ?
Surtout, car des natifs expatriés dans la capitale n’ont pas été invités et sont, donc, écartés des festivités. Frustrés, ils pointent le doigt sur les organisateurs, selon eux, des titulaires de postes officiels désireux de renforcer leurs positions. D’après eux, ces détenteurs de fauteuils dorés ont organisé cette manifestation pour se faire bien voir du président de la République et du Premier ministre, à l’heure où la réconciliation nationale est en vogue. Accessoirement et à l’heure où un remaniement se dessine à l’horizon, ces mécontents dénoncent une cérémonie « organisée en sous-main par le Premier ministre Jean Ravelonarivo ». Selon eux, en effet, ce dernier va recevoir l’onction des « ampanjaka » et la caution des intellectuels de la région, et sera, donc, favorablement considéré par le chef de l’Etat. Ce qui ne peut déboucher que sur son maintien au palais de Mahazoarivo.
Bref, dans ce Sud-Est qui fut scolarisé très tôt et donc les fils siègent en nombre dans les instances de l’Etat, il s’agit de l’éternelle querelle entre « casés » et « frustrés ». Les « frustrés » aspirent à occuper des postes clés, et voient d’un mauvais œil les manœuvres des « casés» pour perdurer dans les hautes sphères. Ils profitent ainsi de la cérémonie de Farafangana pour réclamer, en termes voilés, une …alternance.
- R.