238,5 milliards Ar. C’est le budget du ministère de l’Agriculture pour 2016, alors que celui de l’Elevage n’est qu’une maigre enveloppe de 14,7 milliards Ar et de la Pêche de 18 milliards Ar. En revanche, la Jirama qui dessert en tout et pour tout 15% de la population est dotée d’une méga-subvention de 300 milliards Ar cette année ! Seul le budget d’une poignée de ministères dépasse celui de cette société nationale d’eau et d’électricité. Citons le budget du ministère des Finances et du Budget (1 450,6 milliards Ar), du ministère de la Santé publique (345,2 milliards Ar), du ministère de l’Education nationale (810,5 milliards Ar). Comme quoi, l’Etat se trompe complètement de priorités en injectant tous les ans ces subventions faramineuses pour une Jirama qu’il refuse de redresser de manière radicale. De plus, il est très partial et injuste car ces subventions pour le fonctionnement de la Jirama servent 15% de la population. Cette petite proportion est relativement moins pauvre que les 85% des Malagasy non raccordés à l’électricité. Car avoir la possibilité de payer les factures de la Jirama suppose une certaine aisance financière.
Notons que 84% des dépenses des ménages malagasy vont à l’alimentation selon le rapport sur le développement humain en Afrique en 2012. Il est certain que ce taux a tendance à augmenter avec la crise socioéconomique qui continue à frapper le pays. Quoi qu’il en soit, il démontre à quel point une large majorité de la population n’a pas de quoi payer les factures de la Jirama. Dans ce cas, les méga-subventions pour cette société sont anti-pauvres. Car au lieu de financer d’importants projets de développement en milieu rural, par exemple, l’enveloppe consacrée tous les ans à la Jirama dessert les pauvres. Or, le milieu rural compte plus de pauvres et de population active. Le développement de ces zones est donc un passage obligé dans la lutte contre la pauvreté. Mais les secteurs du développement rural (agriculture, élevage et pêche) ne bénéficient que des miettes comparés à la Jirama dont le gouffre financier est abyssal. En plus d’être anti-pauvres, les subventions spolient les contribuables qui paient ces montants colossaux. En effet, les bailleurs de fonds ne financent pas les dépenses de fonctionnement. Et pour le cas de la Jirama, il s’agit de subventionner non pas l’investissement mais le fonctionnement.
Rappelons que selon les calculs du Trésor public, les subventions sous la transition auraient pu financer la construction de 13 centrales hydroélectriques de la taille de celle de Sahanivotry. Ce qui aurait donné 195 MW supplémentaires. De quoi répondre à la demande en attente et surtout améliorer les services de très mauvaise qualité de la Jirama parce que souvent assortis de coupures et délestages. Si la capitale est épargnée par les délestages, les autres localités continuent de souffrir. A Sambava qui est pourtant le chef-lieu de région de la SAVA, les délestages font toujours partie du paysage de la vie quotidien de la ville. Le redressement de la Jirama a été évoqué et enclenché depuis le régime Ravalomanana, sans qu’il apporte des solutions probantes. Ce qui signifie que les régimes successifs manquent de volonté pour le faire et celui de Rajaonarimampianina n’est pas une exception. Pire, il a viré en octobre 2014 un ministre qui avait la vision et élaboré la stratégie pour un redressement pérenne de la Jirama. Tout cela au nom d’intérêts particuliers bien établis et qui vont à l’encontre de l’intérêt de la Jirama et des contribuables.
Fanjanarivo