L'ACM (Aviation civile de Madagascar) est plutôt discrète après la mission des inspecteurs de la Commission de sécurité aérienne de l'Union européenne, la semaine dernière. Apres la déclaration fanfaronnante du ministère des Transports, en pleine mission, s'attendant à ce que "le nom de la compagnie aérienne nationale ne figure plus dans la liste B avant le sommet de la francophonie », le silence est inhabituel.
La discrétion se comprend cependant par le fait qu'au bout de deux ans de promesses et de mensonges, le DG de l'ACM, James Andrianalisoa, ne puisse plus trouver un quelconque échappatoire. C'est, en effet, d'ici le mois de juin que la Commission européenne va décider si Air Madagascar restera dans la liste B ou non. M. Andrianalisoa joue tout simplement sa tête.
En se basant, cependant, sur les explications des spécialistes (lire notre édition du mardi 15 mars en page 4 "annexe B : les enjeux de l'inspection"), rien n'est acquis. Pis, les spécialistes, sans vouloir faire un quelconque pronostic, laissent entendre que les choses ne se présentent pas de façon positive pour nous. Chez Air Madagascar, qui fait l'objet de la sanction européenne, 8 appareils sur 11 seraient au sol pour des révisions techniques alors que la compagnie semble faire face à des problèmes en matière d'effectif et de qualification du personnel, de pièces de rechange et de trésorerie.
Quant à l'ACM où ils n'ont pratiquement fait que passer, les inspecteurs ont eu accès aux données malgaches à travers l'OACI qui les recueillent régulièrement. "La situation est restée tristement figée depuis longtemps dans les huit domaines de supervision de la sécurité concernés", soulignent les experts.
Pour essayer peut-être de combler les défaillances, l'ACM a nommé, à la veille de la visite d'inspection, une douzaine d'inspecteurs en sûreté. Vu la durée minimale de la formation en la matière, on doute de la qualification de ces techniciens. Mais les spécialistes notent surtout qu'à travers cette nomination, "l'ACM continue de tirer en amalgame les concepts de sécurité et de sûreté". On aurait plutôt dû former régulièrement des techniciens en sécurité qui font terriblement défaut d'autant plus que les problèmes de l'Annexe B relèvent exclusivement de la sécurité et nullement de la sûreté.
Bref, James Andrianalisoa n'a rien compris à la mission de l'ACM. Apres avoir "réussi" à faire venir les inspecteurs de la Commission européenne, qui est une étape décisive pour la sortie de l'annexe B, il pourrait partir de l'ACM la tête haute et rejoindre une de nos représentations diplomatiques à l'étranger. En tout cas, son départ et la nomination d'un technicien qualifié et compétent ne pourraient être que salutaires pour Madagascar.
Si les dés sont, en effet, jetés pour le DG de l'ACM, les jeux ne sont pas pour autant faits pour Madagascar. En effet, on a encore la possibilité de se faire entendre par la Commission de sécurité aérienne et présenter un mémoire de défense dans lequel seraient présentées les mesures décidées et les actions engagées depuis la visite des inspecteurs. On a encore un peu plus de deux mois pour cela, si on veut vraiment sortir de l'annexe B et sauver Air Madagascar. Est-ce le cas ?
Sa