Un fait qui a sauté aux yeux lors du séjour du président Hery Rajaonarimampianina à Fort-Dauphin (Taolanaro) : l’homme n’a pas jeté un seul coup d’œil sur le site d’implantation de la future Zone Economique Spéciale (ZES) mauricienne. Pourtant une semaine plus tôt, lors de la visite de la délégation présidentielle malgache à l’île Maurice, la signature de l’accord relatif à cette ZES fut abondamment médiatisée. Les deux parties ont d’ailleurs tenus des propos particulièrement euphoriques sur le devenir de cette « pôle de croissance ». Hery Rajaonarima-

mpianina s’était rendu à Fort-Dauphin notamment pour le dialogue politique avec l’Union européenne, vendredi. Après quoi, l’homme a réalisé diverses visites dans les environs de la ville, notamment à Mahatalaky où il a remis des dons à l’école publique locale, puis sur un bout de trajet de la RN12A (Vangaindrano-Fort-Dauphin) dont la réhabilitation démarrera cette année. C’est dire que le chef de l’Etat avait eu, s’il l’avait voulu, le temps d’inspecter le site de la ZES, mais…

Sur place en effet, il aurait pu reconfirmer sa volonté de céder la superficie aux opérateurs mauriciens, selon l’accord de Port-Louis. Ce qui aurait rassuré ces derniers, impatients de commencer leurs opérations dans l’île. On s’interroge donc sur cette omission de taille commise par le chef de l’Etat à Fort-Dauphin. Apparemment, l’homme n’a pas voulu rappeler dans les mémoires ce projet qui fut très critiqué dès son retour dans l’île. Certains opérateurs malgaches en effet ont pointé du doigt cet accord qui était une « erreur ». Selon eux en effet, les dirigeants malgaches ont confondu l’expérience de l’île Maurice en matière d’usines de zone franche, qui est une réalité, est celle dans le domaine des ZES qui est une illusion. Ces détracteurs citent notamment le cas de la ZES de Riche-Terre (avec l’entreprise chinoise Jin Fei) dans l’île Maurice, qui a lamentablement échoué. Les bâtiments effectivement sont tombés en ruine et les terrains sont à nouveau en friche, avec la prolifération des herbes folles. En faisant la confusion entre usines de zone franche et ZES, Hery Rajaonarimampianina aurait fait montre de légèreté et même d’incompétence…

Par ailleurs, le chef d’Etat malgache n’a certainement pas voulu attiser la fureur de certaines organisations patronales qui n’ont pas été consultées avant le déplacement à Maurice. La Présidence de la République a par exemple snobé le SIM (Syndicat des Industries de Madagascar), mais a inclus dans la délégation des chefs d’entreprise membres qui ont assisté à la cérémonie de signature, comme pour la cautionner. Voilà, selon les opérateurs locaux, un accroc dans un partenariat public-privé que l’on voudrait promouvoir. D’autant que ces entrepreneurs auraient eu leur mot à dire à Maurice sur le déséquilibre des échanges entre les deux pays, notamment les barrières non tarifaires installées par la partie mauricienne en travers de certains produits malgaches. Ou les brimades infligées aux entreprises malgaches qui s’implantent à Maurice, les incitant à fuir le pays. Il reste que si Hery Rajaonarimampianina a évité de se rendre sur le site de la ZES, c’est peut- être aussi pour ne pas révéler à la population locale la nature de l’accord. Une clause de confidentialité, réclamée par la partie mauricienne, interdit en effet de divulguer certains détails du projet… De quoi attiser la méfiance des opérateurs malgaches qui soupçonnent Hery Rajaonarimampianina de vouloir céder aux Mauriciens de vastes superficies, un peu comme dans l’affaire Daïho sous Marc Ravalomanana. Selon eux, il ne peut en aller autrement quand dans l’accord, cette ZES doit faire de Madagascar le «grenier de l’Océan Indien »…

            A.R