Y a-t-il eu crime de lèse-majesté à Farafangana, samedi lors de la cérémonie de réconciliation entre Zafisoro et Antefasy ? Apparemment, le service du protocole en a commis un. Car comme on le constate sur la photo, le Premier ministre Jean Ravelonarivo a été installé dans un fauteuil bien rembourré, majestueux et impressionnant. Sur un siège plus élevé certes, mais nettement plus dur, le président de la République, Rajaonarimampianina, voit son postérieur soumis à rude épreuve. Placé dans une mauvaise posture, l’homme fait celui qui n’a rien vu, pour ne pas fusiller du regard ce subordonné qui se vautre dans un confort supérieur au sien.

A se côtés, l’ex-ministre et ex-président du FFM, Sylvain Rabotoarison, fait la grimace. D’abord, car il est assis à la dure, à même le bois. Ensuite, car il est peiné par le triste sort infligé à son voisin présidentiel. Plus à droite, le ministre d’Etat, Rivo Rakotovao, fixe son regard loin de l’infortune présidentielle, pour cacher à son camarade de Faculté d’économie l’affliction que lui inspire le traitement qu’on leur accorde, à eux deux. Habitué à plus d’égards, l’homme en a eu sa cravate de travers…

A gauche, contrariés également par l’épreuve qu’on fait subir au chef suprême, les ministres Maharante Jean de Dieu (Fonction publique) et Ramanantenasoa Noëline (Justice) n’en reviennent visiblement pas. Ils scrutent avec douleur, par-dessus le crâne chauve du Premier ministre, le visage empreint d’amertume du chef de l’Etat. En tout cas, le Premier ministre, Jean Ravelonarivo, goûte sa bonne fortune et fier de ce trône qui le place au dessus de tout le monde à la tribune officielle, il cache derrière ses lunettes noires un petit sourire satisfait. Et comme le président de la République pourrait surprendre ce petit signe de plaisir, le chef du gouvernement tourne prudemment la tête du côté opposé. Natif de Farafangana, sa devise pour la circonstance est certainement celle-ci : charbonnier est maître chez soi.

Mais il se pourrait que cette erreur de protocole soit, en fait, l’ordre de préséance dicté par les circonstances. Car, chuchote-t-on, le Premier ministre, originaire de Farafangana, a de par son titre officiel rang d’ «ampanjaka » (chef coutumier) ou d’ «Andriamanarigny tany » (sorte de prince). A Farafangana, effectivement, la cérémonie, patronnée par le chef de l’Etat, fut ouverte par un « fafy rano » (libation ou dispersion d’eau pour attirer la bénédiction), réalisé par les roitelets Antefasy et Zafisoro. Subordonné dans la sphère moderne et étatique, Jean Ravelonarivo devient un supérieur dans l’univers des traditions et des us et coutumes. Le voilà donc qui surclasse le président de la République et qui se permet sans crainte de s’asseoir dans un fauteuil plus doux et plus volumineux. Bien que le bas de son dos soit soumis à un véritable supplice, Hery Rajaonarimampianina, complètement étranger aux rites locaux, ne peut réclamer un traitement égalitaire. Et bien que son honneur et sa dignité en prennent un coup, il serait mal venu de sa part d’émettre des plaintes. En tout cas, pressentant certainement les événements, M. Rajaonari-

mampianina a stationné une journée supplémentaire à Fort-Dauphin, laissant à Jean Ravelo-

narivo le soin de présider la cérémonie traditionnelle de réconciliation du vendredi. S’étant présenté à Farafangana le second jour pour un meeting moderne, il ne pouvait savoir que les rites allaient se poursuivre sous ses yeux, avec des « rois » tenant le haut du pavé.

Il fut, donc, relégué publiquement au second plan, en dépit de son titre et des privilèges qui y sont attachés. Hery Rajaonarimampianina se méfiera dorénavant de ce genre de célébration, d’autant qu’en certaines parties de l’île, les « rois » trônent dans des fauteuils surélevés, tandis que le commun des mortels s’accroupit sur une natte, à même le sol. Echaudé, le chef de l’Etat va peut-être solliciter les services de renseignement avant d’aborder ce type de cérémonie. Car souvent, il n’y a ni supérieur ni inférieur. Ce qui prime, c’est le traitement fait à votre… postérieur.