Surprise et consternation, hier, chez le public malgache en apprenant les graves attentats qui ont frappé Bruxelles (Belgique). Surprise, car cet Etat n’est pas traditionnellement la cible des attentats islamistes. Consternation puisque ce petit pays n’a pas d’attitude hégémoniste ou belliqueuse. La Belgique bénéficie plutôt de la sympathie, car accueille volontiers des étudiants malgaches (notamment la partie francophone), au contraire d’une France de plus en plus fermée. Hier, donc, beaucoup dans la Grande Ile ont sincèrement compati au sort de ce petit pays inoffensif.

Les événements d’hier attirent l’attention sur un fait : ces derniers mois, on enregistre une recrudescence alarmante des attentats terroristes, notamment, dans des zones jusqu’ici épargnées. Citons les récentes attaques meurtrières à l’hôtel Radisson (à Bamako au Mali) ou sur la plage de Grand Bassam (Côte d’Ivoire). On assiste à une extension fulgurante des attentats vers des pays « neufs ». Madagascar est-il à l’abri de ce genre de méfait ?

Apparemment, la Grande Ile ne serait pas un pays cible, en premier lieu car elle est située à l’autre bout du monde, hors des circuits traditionnels des terroristes. En second lieu, car elle ne maltraite pas l’Islam, autorisant l’ouverture de mosquées et n’interdisant pas certains attributs musulmans comme le voile islamique.

Il reste que des attaques terroristes pourraient être dirigées contre Madagascar pour trois raisons essentielles. D’abord, puisque la capitale abrite des ambassades occidentales, c’est-à-dire celles de pays considérés par les islamistes comme des incarnations du diable (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France…). Rappelons qu’en 1998, des attentats particulièrement meurtriers ont frappé les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et de Dar-Es-Salaam (Tanzanie), le présumé cerveau, Fazul Abdullah, ayant même été recherché à Madagascar. En 2013, l’ambassade américaine d’Antananarivo, bien que ressemblant à une citadelle imprenable, a été fermée pendant une dizaine de jours en raison de menaces terroristes. Ensuite, car pays à prédominance chrétienne, Madagascar adopte un mode de vie occidental qui déplaît aux islamistes, avec des lieux de perdition où l’alcool est de mise, comme les cafés, les boîtes de nuit et les hôtels-restaurants. Avec aussi des femmes qui ne sont pas couvertes et qui laissent à découvert leur « nudité ».

Citons enfin la participation des troupes malgaches aux diverses missions des Nations Unies en Afrique, comme la Minusma (Mali) ou la Minusca (République Centrafricaine). Dans le maintien de la paix au Nord Mali, par exemple, la tâche consiste à contenir les groupes islamistes armés qui ont proclamé leur autonomie et ont fondé des sortes de Républiques islamistes.

Bref, pour l’une ou l’autre des ces raisons, Madagascar pourrait intéresser des extrémistes musulmans. Le pays devrait donc se tenir sur ses gardes, surveiller ses frontières et intensifier la collecte de renseignements dans les milieux islamistes de l’île. Certains sites sensibles devraient se préparer pour ne pas être pris au dépourvu, comme les ambassades, les aéroports internationaux, les grands hôtels, les boîtes de nuit. Ainsi que les lieux de rassemblement comme les gares, marchés et supermarchés. Il importe d’être vigilant, sans cependant sombrer dans la paranoïa.

            A. R.