La justice de Singapour va reprendre l’affaire de bois de rose. Si le souci des hommes politiques se limite à la question de savoir quels hauts responsables seront embarqués dans cette affaire, qui a donné l’autorisation de ces exportations au final, la question qui anime bon nombre de justiciables malgaches est de se dire comment faire en sorte que les affaires soient jugées à Singapour ou dans d’autres pays. En effet, il semble bien que là- bas les titres ronflant de ministres ou de famille de hauts dignitaires ou autre n’intéresse en rien les juges. Il semble bien que les histoires d’interventions n’ont pas cours au sein de cette justice, il semble bien que ceux qui doivent être en prison y restent et ne se retrouvent pas dehors pour commettre les mêmes méfaits. Peut-être pas Singapour essentiellement mais dans d’autres pays aussi. Quand le justiciable malgache découvre que les auteurs des actes terroristes en France ou dans d’autres pays sont arrêtés et remis à la justice ; que les familles des victimes se disent que justice soit faite ; que les procureurs tiennent des conférences de presse pour informer la population de l’état du dossier, de l’affaire ; que tout en respectant les principes de présomption d’innocence et autres principes de droit le droit à l’information, droit fondamental de la population est respecté, le justiciable malgache se dit qu’il y a encore du chemin à parcourir. Aussi, la population en vient à espérer quand est-ce que les ossements volés arriveront à Singapour pour qu’enfin elle sache pourquoi des gens volent des restes mortels, et qui sont les commanditaires ? La population en vient à se demander comment faire en sorte que les réseaux qui font des kidnapping ou qui font les attaques à mains armées puissent atterrir entre les mains de la justice de Singapour pour que l’on sache qui sont les fournisseurs d’armes et que tout le monde croupisse en prison sans bénéficier des fameuses mains d’œuvre pénale ? La population en vient à espérer de continuer à vivre dans son pays mais avec d’autres dirigeants qui savent et appliquent ce qu’est l’Etat de droit avec tous ces mots compliqués qu’elle entend tout le temps mais dont elle ne voit aucunement l’effectivité dans sa vie quotidienne : justice indépendante, lutte contre la corruption, bonne gouvernance, Etat de droit, lutte contre l’impunité…Enfin, la population se demande si les dirigeants n’ont pas un tout petit peu honte que ce soit la justice de Singapour qui va mettre à nu et aux yeux du monde entier les frontières passoires de Madagascar, l’écart entre les déclarations de lutter contre le trafic de bois de rose et la réalité de participer allégrement au trafic de bois de rose, et tout ce que cet argent du trafic finance ! En même temps, la population sait que l’expression « avoir honte » est inconnue des dirigeants.
Anaïs T.