Il a fallu attendre six mois pour qu’une enquête sur l’école de la gendarmerie et non pas sur toutes les instances de l’administration, fait jour.

Rappelons qu’en septembre dernier, lors de la signature de la nouvelle politique nationale anticorruption à Iavoloha, le président de la République Rajaonarimampianina a déclaré que toutes les instances de l’administration et notamment les forces de l’ordre allaient faire l’objet d’audit et d’enquête sur la corruption. Après cette déclaration tonitruante, rien de bien concret allant dans ce sens n’a été mis en œuvre. C’est seulement maintenant qu’une enquête est enclenchée par le Bureau indépendant anticorruption (Bianco) à propos d’une suspicion au niveau de l’école de la gendarmerie.

Mais cette procédure pourrait se terminer en queue de poisson si elle prend le même chemin que l’affaire Bekasy Johnfrince, l’un des supposés cerveaux de la mafia du bois de rose. En effet, si le Bianco a bel et bien bouclé sa part d’enquête avec tous les dossiers y afférents, la chaine pénale anticorruption n’a pas fait de même. Le monsieur dont le nom est cité plus haut a été tout simplement relâché courant 2015. Une décision qui a provoqué la déception du Bianco et de la société civile.

L’enquête sur une suspicion de corruption au sein de la gendarmerie risque de connaître le même sort. Puis, si la gendarmerie est maintenant pointée du doigt, elle n’est pas la seule à tremper éventuellement dans la corruption. Ce fléau atteint toutes les sphères de l’administration, allant du bas de l’échelle jusqu’à la haute sphère politique. C’est d’ailleurs cette corruption généralisée qui caractérise, entre autres, la fragilité de l’Etat malgache.

Et depuis trois ans, le pays stagne dangereusement en matière de lutte contre la corruption, selon le constat de Tranparency international, l’organisme international qui étudie l’incidence de corruption dans le monde et qui publie tous les ans le classement correspondant.

En 2012, Madagascar était au 118ème rang et en 2014, il a régressé pour se placer à la 133ème place sur 174 pays. La situation va de mal en pis ! Ce qui signifie que la gendarmerie n’est pas la seule concernée. Rien qu’au niveau des différents secteurs des forces de l’ordre, des rumeurs courent sur l’obligation de payer de juteux pots-de-vin pour monter en grade. L’enveloppe à glisser dans les mains des responsables dépendrait du grade en question. Elle serait de 16 millions Ar ou 80 millions de fmg pour le grade de général !

Mais les forces de l’ordre ne sont pas les seules concernées. Toutes les instances administratives et la quasi-totalité des concours administratifs sont gangrenées par la corruption. Le président de la République a bien raison d’avoir lancé le projet d’audit et d’enquête pour toutes ces instances. Seulement et comme pour la lutte contre les trafics de bois de rose, il fait dans la démagogie puisqu’aucun audit et aucune enquête ne sont programmés à une vaste échelle. Et même si des enquêtes sont menées et bouclées, qu’en sera-t-il lorsque les dossiers sont passés à la chaîne anticorruption ? Qui garantira l’indépendance et l’honnêteté de cette chaîne ?

Fanjanarivo