Lors de la récente visite d’Etat du président Rajaonarimampianina à l’île Maurice, une proposition mauricienne pour le règlement de la question des Iles Eparses a été portée à sa connaissance. La suggestion émane de Paul Bérenger, ancien Premier ministre et actuel leader de l’opposition mauricienne. Reçu par Hery Rajaonarimampianina, il a eu l’occasion de transmettre de vive voix sa proposition. Paul Bérenger a déjà soumis la même idée au Premier ministre mauricien, Sir Anerood Jugnauth.
Voici en gros la proposition : Madagascar et Maurice effectuent une démarche conjointe pour amener la France à accepter un arbitrage de la Cour Internationale de Justice (CIJ) de La Haye sur les Iles Eparses. Dans l’opération, Madagascar soutient la souveraineté de Maurice sur l’île de Tromelin, tandis que Maurice soutient l’autorité de Madagascar sur les quatre autres îles (Europa, Juan de Nova, Bassas da India et Glorieuses). Bref, selon Paul Bérenger, Madagascar et Maurice conjuguent leurs efforts pour enlever les cinq îles à l’emprise de la France.
L’intérêt de la démarche, c’est qu’elle pourrait faire avancer un dossier au point mort depuis plusieurs décennies. En effet, l’île Maurice et Madagascar mettant leur poids dans la balance (avec éventuellement le soutien de l’Union Africaine dont les deux îles sont membres), la France pourrait se départir de son indifférence et souscrire à la proposition. Notons que la CIJ, organe judiciaire des Nations Unies, a pour rôle de régler les différends frontaliers terrestres ou maritimes entre les Etats. Recourir à son arbitrage, c’est renoncer à l’usage de la force et user de moyens pacifiques. Les cas récents, qui ont été portés devant la CIJ : d’abord, la dispute frontalière entre le Cameroun et le Nigeria sur l’appartenance de la presqu’île de Bakassi. Ensuite, le contentieux entre le Pérou et le Chili concernant le tracé de leurs frontières maritimes sur l’Océan Pacifique.
Madagascar, néanmoins, pourrait trouver certains inconvénients à la proposition mauricienne. En premier lieu, puisque dans l’affaire, Maurice s’adjuge d’entrée de jeu l’île de Tromelin, située à mi-distance entre les deux pays. Cet îlot, peuplé dès le 18ème siècle par des esclaves malgaches, devrait revenir à Madagascar. Mais Maurice prend argument sur un texte de 1814 pour en revendiquer la possession.
Bref, contre son action en faveur du retour des quatre îles à Madagascar, Maurice réclame un droit sur Tromelin comme une sorte de commission. En second lieu, car dans son arbitrage, la CIJ se soucie un peu trop de consensus entre les parties en litige. Sa préoccupation est toujours de sauvegarder les relations de bon voisinage entre les « belligérants ». Pour cette raison, elle a tendance à couper la poire en deux et pourrait émettre l’arrêt suivant : Tromelin est remis à Maurice, deux îlots du Canal de Mozambique sont accordés à Madagascar et deux autres à la France. Voilà qui n’est pas de nature à satisfaire les nationalistes malgaches qui s’agitent actuellement. Notamment, car ils raisonnent en terme de superficie de Zone Economique Exclusive. Sous la pression donc des groupements nationalistes, qui se montrent intransigeants, Madagascar pourrait bien repousser la proposition de Paul Bérenger.
- R.