Que se passera-t-il le mardi 29 mars à Ambohijatovo ? Beaucoup pressentent déjà des troubles pour la raison suivante : divers groupements ont déclaré vouloir déposer une gerbe sous la stèle du 29 mars. D’autres qui n’ont rien annoncé se présenteront aussi sur les lieux avec leurs couronnes. Sans compter les particuliers et les individualités munis d’un petit bouquet. Or la Préfecture de Police a sorti une disposition légale inconnue auparavant : les partis et groupements désireux d’honorer le 29 mars à Ambohijatovo doivent présenter une autorisation officielle. Et ce, car ils ne manqueront de provoquer un attroupement sur les lieux. Par contre, les particuliers et individualités ne sont pas concernés par cette mesure. Comme la demande d’autorisation doit être déposée à la Préfecture de Police cinq jours avant la manifestation, très peu certainement se sont pliés à cette formalité. Car le mardi 29 mars survient après quatre jours chômés, pendant lesquels les bureaux officiels ont fermé.

Le groupement qui va fournir le plus gros contingent dans le rush sera le groupement d’Alain Ramaroson. L’homme donne rendez-vous à ses troupes sur l’esplanade d’Analakely, après quoi, cette foule s’ébranlera vers la stèle d’Ambohijatovo. Ce meneur estime ne pas avoir besoin de solliciter une autorisation pour le motif suivant : la procession de la Francophonie, animée par des vazaha (Européens), est partie de la gare pour déboucher à Anosy sans être inquiétée par les forces de l’ordre. Pourquoi, ajoute-t-il, une brève marche conduite par des Malgaches sera-t-elle dispersée ? L’autre groupe qui va inquiéter en haut lieu : celui du colonel Lilyson René, ex-chef des FIS (Forces d’Intervention Spéciales) et actuel sénateur Mapar. L’homme rameute ses partisans directement sous la stèle, avec des vêtements aux couleurs de la nation, le blanc, le vert ou le rouge. Chaque Fokontany, a-t-il déclaré, devrait fournir une délégation de jeunes pour grossir le rassemblement. Cet officier supérieur de gendarmerie s’est révélé ces dernières semaines comme un opposant radical à l’actuel régime. Dernière entité qui donne rendez-vous à Ambohijatovo : le PLD (Parti Libéral Démocrate) de Sarah Georget Rabearisoa, qui vient de déclarer au ministère de l’Intérieur son statut d’opposant. Parti nouveau qui s’annonce « patriotique », le PLD entend faire bonne impression lors de cette apparition publique inaugurale du 29 mars. Ainsi qu’on l’a dit, d’autres groupements ne manqueront de rallier la stèle, sans l’avoir annoncé au préalable.

On s’attend donc à une forte affluence à Ambohijatovo, et il est sûr déjà que le site sera sévèrement quadrillé. Les forces de l’ordre se feront un point d’honneur d’interdire les lieux aux « non autorisés », et n’hésiteront pas à refouler de façon musclée les récalcitrants. Et si la manifestation dégénère, elles disperseront avec vigueur les foules attroupées à coups de bâtons ou de grenades lacrymogènes. Beaucoup d’officiers de l’Emmo-Reg, à commencer par le général Richard Ravalomanana, ont gagné leurs galons en refoulant énergiquement les opposants hors du site. Ceux de maintenant, dont le général Florens Rakotomahanina, marcheront sur leurs traces. Ils sont sûrs qu’à Ambohijatovo, un succès contre les foules désarmées leur vaudront des avancements retentissants. Une journée à risque donc dans la capitale mardi prochain.

            A.R