Facile d’accès car ne requérant aucun diplôme, c’est une profession qui attire nombre de femmes non diplômées et de situation plutôt défavorisée. Dans la capitale, aucun fokontany n’est privé de lavandières. On peut même dire que dans un fokontany, il y en a plusieurs. Ayant chacune ses modalités, les lavandières proposent une large gamme de systèmes. Pour en savoir plus, nous en avons approché quelques-unes dans la commune d’Ambohimanarina, plus exactement dans le fokontany de Betafo, au bassin public près du bureau du fokontany. Chacune de ces femmes lavandières a son propre itinéraire.
Notre première enquêtée a été lavandière depuis sa tendre jeunesse du fait que sa mère en était une également. Actuellement, elle travaille pour 5 familles différentes pendant les 5 jours ouvrables de la semaine et adopte les mêmes procédés pour toutes ces familles. Elle vient prendre leur linge sale très tôt le matin et le leur rend propre et séché (mais pas repassé) le soir. Les accessoires (savons et frais de bassin) sont aux frais des clients. Le paiement est établi par pièce. Les jeans par exemple sont fixés à 200Ar car ils sont difficiles à laver. Pour les pièces moins volumineuses et plus souples, le prix est souvent à 50Ar. Quant aux couettes et couvertures, le prix varie selon la grandeur et l’épaisseur de la pièce. Mais généralement, il va de 1000 à 1500Ar. Elle est ainsi rémunérée journalièrement afin de subvenir au jour le jour aux besoins de sa famille et éviter de faire du « trosa ».
Notre seconde enquêtée n’est lavandière que depuis peu. En effet, victime d’un récent chômage technique au sein de la zone franche où elle travaillait, notre enquêtée a dû se reconvertir. Tout comme la première, elle travaille pour 5 familles pour lesquelles elle fixe les règles. C’est la veille, en soirée qu’elle vient récupérer le linge sale avec les accessoires et rejoint le bassin vers 4h du matin pour faire ses corvées afin de finir tôt et s’adonner à d’autres tâches. Pour elle, le salaire, le nombre et la taille des linges est fixé au mois et elle est rémunérée mensuellement. Si le client veut faire laver ses couvertures ou d’autres linges qui ne font pas partie du contrat, il s’agira d’un « extra ».
Aujourd’hui, ce métier se heurte à plusieurs obstacles. Le bassin est trop étroit et ne peut plus accueillir toutes les lavandières censées y venir travailler chaque jour. En effet, pour pouvoir finir plus tôt, elles doivent venir le plus tôt possible et réserver leur place, sinon, il faut attendre qu’une place soit libre. Une autre solution est également possible, laver le linge chez soi. Mais pour cela, il faudrait ramener de l’eau à la maison. Alors qu’il faudrait plus de 5 bidons jaunes d’eau pour effectuer tout le travail vu le nombre de linges à laver. Mais encore, l’eau n’est pas gratuite, il faut encore payer 20Ar par bidon jaune. Et cela occasionnerait des frais supplémentaires pour ces femmes.
En outre, il y a la prolifération d’entreprises de lessivage. Aussi, le nombre de clients de nos lavandières a été réduit de moitié depuis quelques années puisque les plus riches clients sont attirés par la blanchisserie. En effet, ils se plaignent de la qualité médiocre du lavage à la main. De plus, la brosse troue et dilate le linge. D’où le linge lavé manuellement à la brosse s’abime beaucoup plus vite que celui lavé à la machine. Raison pour laquelle les clients préfèrent laver leurs linges à un prix plus élevé certes, mais à la blanchisserie pour la qualité du lavage à la machine.
Ce travail n’est pas satisfaisant financièrement. Néanmoins, il permet aux femmes et de contribuer aux dépenses de la famille et de s’occuper de leurs foyers une fois les corvées effectuées.
AVAina