Pour la première fois dans l’histoire de la commémoration du 29 mars 1947, les forces de l’ordre ont fait parler la poudre… lacrymogène. C’était hier à Antanimora, dans la montée qui mène vers le mausolée national d’Avaratr’Ambohitsaina. Le souvenir du massacre de 1947 fut donc marqué par un torrent de larme, chez les manifestants d’abord, mais aussi chez les badauds et chez les riverains, lesquels ont beaucoup protesté sur les ondes, car enfants et nourrissons ont été indûment « gazés ».

Calme précaire, en tout cas, devant la stèle d’Ambohijatovo, notamment, puisque sur un site sévèrement quadrillé par les forces de l’ordre, une foule de plus en plus importante affluait. Au terme de la cérémonie officielle, présidée par le Premier ministre, l’agitation s’est installée avec l’irruption des pro-Rajoelina. Précédés par un 4x4 pick-up qui diffusait bruyamment des hymnes patriotiques, ces derniers étaient conduits par le colonel Lilyson René, actuellement sénateur, le général en retraite Dolin Rasolosoa et le chanteur Sareraka.

Pour désamorcer d’éventuels affrontements avec cette meute particulièrement décidée, les officiers de l’Emmo-Reg autorisèrent finalement les meneurs à déposer leurs gerbes. Les événements prirent un autre tour quand le colonel Lilyson René harangua la foule au micro, l’incitant à le suivre au mausolée pour déposer d’autres gerbes. Commandant de l’Emmo-Reg, le général Florens Rakotomahanina donna alors l’ordre à ses troupes de bloquer la procession et de lui interdire la route du mausolée.

Car c’était d’abord organiser dans les rues de la capitale une procession non autorisée. C’était ensuite faire courir un risque sur la cérémonie officielle du mausolée, présidée par le chef de l’Etat. Mais les pro-Rajoelina se jouèrent du cordon de forces de l’ordre, installé devant l’abribus d’Ambohijatovo. En effet, le véhicule transportant la sono a emprunté à vive allure la bretelle située devant Planète pour déboucher sur la station Jovenna et monter vers le tunnel d’Ambanidia. Ce que voyant, la foule des partisans a aussi emprunté le même itinéraire en courant, clouant sur place un cordon de militaires médusés.

Mais sentant qu’il jouait sa carrière et son avancement en grade, si la meute débarquait sur un site présidé par le chef de l’Etat, le général Florens Rakotomahanina devança les fugueurs et posta ses troupes aux points stratégiques. Usant d’une main de fer dans un gant de velours, il autorisa de nouveau les meneurs à déposer leurs couronnes, mais s’est montré inflexible à l’endroit de la foule de partisans.

Quand une tentative fut réalisée pour déborder de nouveau le cordon, ordre fut donné de bombarder la procession sous un déluge de lacrymogènes. Noyés dans un épais nuage toxique, les partisans larmoyants, toussant et crachotant reculèrent puis partirent à la débandade. C’est de cette manière que les forces de l’ordre prirent le dessus sur les troupes emmenées par le colonel Lylison René.

En tout cas, à Ambohijatovo comme sur la route du mausolée, l’assistance fut outrée par l’interdiction faite au geste patriotique qui consiste à déposer une gerbe. On a senti un vigoureux mécontentement qui ne demande qu’à exploser, et une atmosphère pré-insurrectionnelle latente. Bientôt aussi peut-être, ce régime de plus en plus impopulaire devra gouverner à coups de lacrymogènes.

A.R.