Lors de sa visite à Madagascar, Michaelle Jean secrétaire générale de la Francophonie « invite Madagascar à accélérer la cadence ». On suppose aisément qu’elle a déjà entendu parler du « moramora » malgache et que derrière ce terme affublé aux malgaches on est en réalité au pays où on cherche d’abord dans un projet de telle envergure à placer copains, familles question de porter le temps du sommet un « titre » qui permet à la personne de sortir de l’anonymat ; on est au pays où ces « titres » sous-entendent pour ceux qui les portent des indemnités et salaires faramineux pour renouveler la garde robe, pour pouvoir se pavaner dans les derniers restaurants à la mode, pour voyager et aller dans les hôtels auparavant inaccessibles ; on est au pays où ces « titres » sous entendent également des tickets carburants pour se rendre au travail, du crédit téléphone pour passer les coups de fil toujours importants et des voitures de service pour pouvoir se rendre au travail et dans les lieux de rendez-vous ; on est au pays non pas du « moramora » mais où on cherche à s’enrichir vite, très vite à la moindre occasion et le sommet en est un en or. C’est plutôt de ce côté là que la cadence va s’accélérer mais la secrétaire générale de la francophonie habituée probablement à des gestions « normales » d’un tel sommet l’ignore. Après tout, ce sont les dirigeants, et non les 22 millions d’âmes qui peuplent Madagascar, qui ont voulu organiser ce sommet ; ce sont les dirigeants qui se sont engagés à terminer les travaux dans les temps alors même qu’ils sont incapables d’arranger quelques kilomètres de route ne serait-ce que dans la Capitale ; ce sont les dirigeants et le Président lui-même qui a fait son show lors de la pose de la première pierre pour l’extension de l’aéroport ; ce sont les responsables de ce sommet qui se sont activés à réunir les hôteliers pour que les établissements soient aux normes chose qu’ils n’ont pas fait pour les malgaches qui vont dans les établissements hôteliers pas aux normes tous les jours. Parallèlement à cela, tandis que des nominations continuent autour de la francophonie, tandis que les rêves en grand d’autoroute, d’extension d’aéroport, de village des jeux etc continuent…d’autres sont bel et bien dans la réalité et non les rêves. Ceux qui tous les jours se lèvent, vont au travail à pied ou en empruntant les transports publics sans attendre des 4x4, ceux qui paient eux-mêmes leur crédit téléphone ou leur carburant pour joindre leurs lieux de travail, ceux là ça fait longtemps qu’ils ont accéléré la cadence pour vivre, pour survivre tandis que les autres rêvent de leurs folies de grandeur, ne se sentent plus d’avoir des titres pompeux et n’ont même plus honte quand on leur dit comme à des enfants d’avancer un peu plus vite pour quelque chose –le sommet – qu’ils ont demandé à organiser. Ils ne pourront même pas faire « l’éloge de la lenteur » quand à moins d’un an de l’évènement on ne voit rien de vraiment concret. Et dire que sous d’autres cieux, les pays qui se battent pour accueillir les jeux olympiques ou les coupes du monde s’y mettent plusieurs années en avance et ne s’aventurent pas à vouloir accueillir de grands évènements quand la sécurité n’est pas assurée et que l’économie est au plus mal. Mais ça c’est ailleurs, chez nous soit on attend de se faire remonter les bretelles, soit on est sur une autre galaxie où on se dit tout finira toujours par s’arranger…Mais dans tous les cas on sort comme une formule magique le « moramora » pour calmer les éventuels stress et le temps d’un évènement on porte un « titre » pour être sous les feux des projecteurs !

Anaïs T.