Des communes préfèrent faire face aux « dahalo » qu’aux forces de l’ordre ! Cette situation plutôt rocambolesque et inattendue se passe dans l’Amoron’i Mania. La raison principale invoquée par les communes concernées est les exactions commises par les forces de l’ordre de l’opération Fahalemana. Ces communes rapportent que des éléments de cette opération n’hésitent pas à s’emparer de jeunes filles des villages où ils passent pour abuser d’elles. Ils se goinfrent aussi avec les produits de l’élevage et de l’agriculture des paysans, bien sûr sans rien payer… En cette période pourtant, la région n’en est qu’au tout début de la saison de la récolte rizicole. La soudure était très difficile et les paysans viennent seulement de s’en sortir. La production rizicole enregistre toutefois des fortes variations selon les zones à cause du changement climatique. Des zones ont été victimes de grands vents ayant perturbé le cycle normal de la riziculture. D’autres ont vu les rizières ensablées à la suite de fortes pluies, etc. Comme quoi, les exactions perpétrées par des forces de l’ordre ne peuvent que rajouter aux problèmes des paysans.
C’est donc tout à fait normal s’ils refusent l’opération Fahalemana. Pourtant, l’Amoron’i Mania fait partie des 11 régions rouges (c'est-à-dire la moitié du pays !) où cette opération a cours. Mais comme les autres opérations de ce genre, celle-ci donne les mêmes résultats tape-à-l’œil mais inefficaces. Il faut, en effet, signaler les bœufs récupérés et les « dahalo » arrêtés ou massacrés. Mais il ne faut pas oublier les exactions mentionnées ci-dessus. Et lorsque des troupeaux volés sont récupérés par les éléments de l’opération, leur restitution aux propriétaires n’est pas toujours évidente. Dans l’Amoron’i Mania, elle se termine parfois au niveau du tribunal parce que plus d’une personne prétend être le propriétaire de telle ou telle bête. Et quand on parle de tribunal, cela signifie que l’affaire n’en sortira pas rapidement, sans parler de l’argent que les plaignants y perdent en déplacements et autres pots-de-vin. Et il n’est pas rare que le montant nécessaire pour mener une affaire judiciaire dépasse de loin le prix des bêtes à restituer. Ayant remarqué ces faits, des communes ont donc refusé tout bonnement d’accueillir l’opération Fahalemana chez elles !
En réalité, ce type d’opération ne résout pas les problèmes d’insécurité. Pire, il en crée d’autres dont des crimes comme l’abus sexuel exercé sur des jeunes villageoises. Il spolie les paysans du peu dont ils disposent… Des dizaines de milliards d’ariary par opération issues de la caisse publique y sont pourtant englouties. Au lieu de traiter le problème à la base (la pauvreté, le manque d’éducation et donc d’issues pour obtenir un revenu décent…), l’Etat gaspille ainsi ses maigres ressources dans des activités non rentables. Les victimes sont nombreuses. Citons les paysans, des jeunes filles, les contribuables.
Fanjanarivo