En fait, il ne s’agit pas à proprement parler d’un objectif mais d’un recul ! En effet, la part des énergies renouvelables dans la production énergétique totale a été de 59,5% en 2014 et de 57,4% en 2015. Ces chiffres sont calculés sur la production d’hydroélectricité et d’électricité issue des centrales thermiques publiée dans le dernier Tableau de bord économique de l’Institut national de la statistique (INSTAT). L’objectif de Madagascar pour l’horizon 2020 en matière de production d’énergies renouvelables est pourtant de 54% de la production totale. Cette fois-ci, le chiffre provient de l’Agence internationale sur les énergies renouvelables (IRENA) et il est publié dans « Africa 2030 : roadmap for renewable energy future ». Ces différents chiffres montrent que le pays n’est pas près de relever la part des énergies renouvelables dans la production énergétique. Pourtant, il est en queue de peloton que ce soit au niveau mondial ou à l’échelle continentale : le taux d’électrification de 15% est encore loin d’arriver à la moitié de ce qui s’observe sur le continent, soit 42%, alors que Madagascar est dernier mondial de la liste pour le raccordement à l’électricité (coût, délai, transparence des tarifs).
Et la qualité n’y est pas non plus avec les coupures et délestages qui continuent à assombrir la vie socioéconomique de plusieurs villes du pays. Seule la capitale et le réseau qui lui est connecté sont plus ou moins épargnés par ce fléau. C’est évident parce qu’Antananarivo a été toujours le berceau des mouvements sociopolitiques ayant réussi à renverser de nombreux régimes. Les longs délestages combinés à la misère rampante sont un facteur pouvant faire émerger des mouvements sociopolitiques. La capitale est donc chouchoutée. Ce traitement partial pénalise les provinces alors que les méga-subventions allouées à la Jirama proviennent des obligations fiscales payées par les contribuables, qu’ils résident à Tanà ou ailleurs. Rappelons qu’avant la grande crise de la Jirama en 2004-2005, la part de l’hydroélectricité a déjà atteint les 70% dans la production électrique. Depuis, elle régresse et apparemment, elle est encore appelée à reculer si on se réfère à l’objectif 2020 cité plus haut.
Le chiffre pour cet objectif (54%) semble révéler au grand jour le manque de volonté politique du pouvoir en place de promouvoir les énergies renouvelables, surtout sur le court et le moyen terme. Car en 2020, il table encore sur le recul de la part de ces énergies, au lieu de la faire progresser. En revanche et sur la même période, l’Ethiopie prévoit des capacités énergétiques dépassant les 6 800 MW, contre 5 000 MW pour le Kenya et 6 000 MW pour le Mozambique selon l’IRENA. Ces pays entendent exploiter l’hydroélectricité, l’énergie solaire et éolienne. Madagascar ne devrait pas être en reste avec ses immenses ressources en énergies renouvelables, mais il ne les exploite pas faute d’un bon climat des affaires, surtout dans le secteur énergie. Des réseaux mafieux s’y développent depuis des lustres, alors que la gestion de la Jirama devrait être assainie de fond en comble mais semble être repoussée à la saint glin-glin.
Fanjanarivo