Lynchages d’étrangers à Nosy-Be, incendie du Tribunal à Maroantsetra et assassinat de criminels à Nosy Varika. Les cas de justice privée, administrée par une foule en colère, se multiplient. Le régime a tort de minimiser les faits en les qualifiant de phénomènes isolés causés par des motivations politiques. Il ne sent pas concerné parce que les cas de vindicte populaire se déroulent loin de la capitale. Les gens qui considèrent que cette violence collective est la manifestation d’une justice sauvage comprennent mal leurs auteurs. Si ceux-ci en viennent à des réactions extrêmes, c’est parce qu’ils sont lassés par la corruption extrême et l’injustice extrême qui polluent quotidiennement les commissariats de police, les casernes de gendarmerie et les tribunaux. A force d’échapper à la justice républicaine, les voleurs, violeurs et tueurs ont fini par stimuler et banaliser la justice populaire. Certains individus vivent leur pauvreté comme une injustice. Ils se plient aux décisions judiciaires iniques mais ils finissent par être fatigués par les abus en tout genre dont ils sont victimes individuellement. Avides de respect, ils finissent par croire que le seul moyen de préserver leurs droits est encore de se regrouper pour être plus forts et pour administrer la justice par eux-mêmes. Quelque part, ils n’ont pas tort. Comme la corruption est violente, la seule réponse appropriée est encore la violence. C’est peut être par la violence mutuelle que l’on parviendra à un respect mutuel. A force de recevoir des pluies de coups, pourquoi nos compatriotes ne quitteraient-ils pas leur posture de victimes et ne feraient-ils pas pleuvoir la violence à leur tour ? Seuls les saints et les naïfs peuvent passer leur vie à subir et à tendre la joue gauche. Etant donné que la république a échoué et que la religion a montré ses limites, nos compatriotes ont décidé de prendre leur destin en main et d’en venir aux mains. Ils sont excédés par les atteintes aux biens et aux personnes qui restent impunies. Dépassées par les évènements, les forces de l’ordre ne sont plus capables de défendre l’ordre public. Par conséquent, les citoyens ont raison de rétablir l’ordre permanent à leur manière, c’est-à-dire en participant à des formes spontanées de désordre. Pratiquant le changement à leur façon et la rébellion à leur niveau, ils veulent faire exploser la « force nouvelle » qui est en eux. Cette violence personnelle qui restaure la loi du talion est sans doute la forme ultime de démocratie directe.
Phil de Fer