De saisies spectaculaires réalisées ces derniers jours ont attiré l’attention du public. En premier lieu, l’ensemble de 3,5 kilos d’or que des Sri-Lankais ont voulu embarquer à Ivato et qui a été découvert par les douaniers. En second lieu, la cargaison de six containers de bois de rose (soit 120 tonnes de rondins) restituée par l’île Maurice et réceptionnée à Toamasina par le ministre des Finances et celui de l’Environnement. Les propos euphoriques du ministre des Finances, Gervais Rakotoarimanana, au port de Toamasina : « Ces rondins resteront ici, personne n’a le droit d’y toucher. On procédera d’abord à une estimation de leur valeur, puis viendra l’appel d’offre… ». A Ivato, le haut fonctionnaire des Douanes qui a mis la main sur les 3,5 kilos d’or s’est exprimé ainsi : « Cet or devient la propriété de l’administration malgache, et il sera déposé provisoirement dans les caisses de la Banque Centrale… ».
Ces propos optimistes et surtout naïfs ont suscité le sourire, et même des éclats de rire dans les chaumières. Car tous savent ce que deviendront ces marchandises saisies : en tout ou en partie, elles vont disparaître ! Et les sommes s’y rapportant vont atterrir dans les poches de gros bonnets du régime, civils ou militaires. La valeur de ces produits attise déjà les convoitises, et dans certains cercles, on réfléchit aux moyens de les soustraire des griffes de l’Etat. Et il est sûr déjà que ces individus cupides vont parvenir à leurs fins. N’oublions pas que ces 120 tonnes de bois de rose ont déjà été saisies par l’Etat malgache et entreposées dans un « endroit sûr ». Certains s’en sont emparées et les ont expédiées en douce vers l’île Maurice. Les voilà qui retombent entre les mains bien molles de l’Etat malgache, et on s’attend à ce qu’elles ressortent bientôt de façon illicite.
Pour ce qui est de l’or, rappelons un précédent fâcheux : lors d’un voyage officiel en septembre 1994 à l’île Maurice, le chef d’Etat Zafy Albert s’est vu remettre 11 kilos d’or sortis illicitement de Madagascar et saisis à l’aéroport de Plaisance (Port-Louis). A son retour au pays, la cargaison a fait l’objet d’une procédure de « saisie conservatoire » par le Premier ministre, l’avocat Francisque Ravony, puis a été déposée dans les coffres de la Banque Centrale. Six mois plus tard, quand Zafy Albert s’est enquis du sort de la marchandise, on s’aperçut qu’elle avait disparu comme par enchantement… Cela, c’était à un moment où le chef de l’Etat, réputé pour son honnêteté, ne piochait pas dans les caisses et exerçait un certain contrôle sur les deniers publics. Quid de maintenant où l’affairisme et les détournements prospèrent à tous les échelons de l’administration, où la corruption est internationalement la marque de fabrique de Madagascar, et où la devise générale est de s’enrichir sur le dos de l’Etat et de la population ? Rappelons en août dernier, la cargaison de cristal de roche de 12 tonnes, saisie sur la route d’Analavory et convoyée par la Gendarmerie nationale et la Police des Mines jusque dans la cour du ministère des Mines. Peu après, la marchandise a disparu mystérieusement, et jusqu’à maintenant on ne sait où elle se trouve, au grand dam de la propriétaire qui a remué ciel et terre pour rentrer en possession de son bien. Selon toute vraisemblance, de gros bonnets civils et militaires, pressés de se faire de l’argent énorme et facile, ont revendu en douce la cargaison…
Voilà les pratiques sous l’actuel régime. Pour ces raisons, il est sûr déjà que l’or et le bois de rose saisis récemment vont aussi s’évaporer inexplicablement…
A.R