Depuis quelques années maintenant, les métiers de téléopérateurs, d’opérateurs de saisie et autres services s’exécutant sur Internet se sont développés à Madagascar.
Généralement, les jeunes choisissent ces métiers en dernier recours. Après plusieurs entretiens sans aucun résultat dans un domaine qu’ils choisissent, la majorité des jeunes malgaches, notamment les tananariviens sont contraints de postuler auprès d’une société de téléopérateurs. Ces sociétés se sont développées ces dernières années et commencent à dominer le marché des offres d’emploi. Leurs publicités et leurs offres sont très alléchantes et ne démontrent en aucune façon la partie « esclavage » du métier.
Chaque société à sa propre façon de traiter les employés mais on remarque que la majorité de ces derniers se plaignent des conditions de travail qui frôlent l’esclavage. Une des plus célèbres de ces sociétés propose des postes à contrat déterminé de durée de 3 mois. Du coup, ils embauchent de nouveaux employés tous les 3 mois et virent les anciens pour ne pas être obligés de leur offrir des promotions. Les employés de cette société travaillent donc avec des salaires de test d’environ 150.000 ariary par mois. Les heures de travails sont également une des contraintes de ce genre de métiers. En effet, ces métiers nécessitent des travailleurs à plein temps même durant la nuit. Du coup, les équipes de nuit sont obligées de commencer vers 22 ou 23 heures. Dans les publicités, on propose des conditions de travails attrayantes et accueillantes, mais la réalité n’est pas du tout ce que ces sociétés laissent croire. En effet, certaines de ces sociétés punissent les employés et imposent des conditions invivables. Rija raconte « Je travaille comme téléopérateur depuis 3 ans maintenant. J’ai dû jongler de société en société à chaque fois que mes contrats ont pris fin. Depuis le temps je me suis habitué aux conditions d’esclavage que certaines de ces sociétés imposent. La première fois, j’étais contraint de postuler chez une société de télévendeurs quand j’ai fini mes études. Je possède une Maîtrise en mathématique et pourtant aucune entreprise ne voulait de moi. En dernier recours, j’ai dû postuler chez une société basée à Ambohitrarahaba. On nous traitait comme des esclaves là-bas. Il y avait des superviseurs qui surveillaient les employés. Les téléphones étaient interdits dans la salle de travail, on ne pouvait également ni manger ni se parler, ni rire et ni même prendre le temps de reposer les doigts après avoir écrit un texte. J’étais engagé pour un poste de télévendeurs en ligne mais en réalité je devais faire des tas d’autres tâches comme opérateur de saisie, opérateur en téléphone rose, etc. Bref, les employés devaient boucler les places libres qui nécessitaient de nouveaux employés et on faisait des heures supplémentaires non payées. Actuellement, je travaille encore dans une société de téléopérateurs et les conditions de travail ne respectent pas du tout les droits humains. Nous commençons normalement à 9h mais les employeurs nous demandent d’arriver vers 8h45 pour ne pas perdre du temps. Si on arrive à 8h55, soit 5 minutes avant le début de l’heure convenue durant l’entretien, on nous adresse tout de suite une lettre de demande d’explication et on nous cautionne sur notre salaire. Idem quand on nous surprend à parler ou même à chuchoter. ». Les témoignages de ce jeune homme ne sont qu’une infime partie de ce qu’endurent les employés de ces sociétés qui exploitent nos jeunes. La plupart de ces sociétés punissent les employés sur des détails complètement minimes comme se parler entre eux ou regarder l’heure sur un téléphone. Les superviseurs envoient même les employés au coin comme des gamins de la maternelle.
Les temps sont durs et les travails se font très rares. Il faut connaître quelqu’un de haut placé pour décrocher un poste digne des diplômes et des expériences qu’on possède. En terminant leurs études, les jeunes sont obligés de s’accrocher aux premières sociétés qui les acceptent. Même si les conditions de travail frôlent l’esclavage, les jeunes courent vers ces métiers en connaissance de cause car ce sont en quelques sortes leurs derniers recours. Quoi qu’il en soit, des inspecteurs de travails devraient se pencher sur ces métiers qui sont pour la plupart illicites. Quelques unes d’entre elles respectent les règles mais les autres détruisent leurs images. Beaucoup de jeunes pensent en pratiquant ces métiers que c’est juste un couloir à prendre avant de trouver un vrai métier et pourtant ils y passent leur vie sans jamais trouver ce qu’ils cherchent.
Berado