Le régime a pris conscience de ses lacunes graves au niveau de la communication. Pour compenser ses carences, il a décidé de réagir en instaurant une contre-offensive médiatique à travers le lancement d’une pléiade de nouveaux journaux chargés d’endoctriner les masses et de regagner le terrain perdu en termes d’image. A première vue, l’idée est bonne. Elle permet au régime de ne pas être obligé de mettre en place une censure pure et dure qui serait mal perçue par la communauté internationale. Pourtant, en examinant la démarche de plus près, on s’aperçoit que la stratégie est vouée à l’échec. En effet, la force d’un journal, à côté de son dynamisme commercial, réside dans son réservoir de journalistes dotés d’un esprit d’indépendance et d’une forte personnalité. Lancer un journal est une chose, avoir les journalistes qui vont remplir les pages quotidiennement en est une autre. Le recrutement de journalistes est beaucoup difficile qu’on ne le croit car la capacité à écrire sans fautes en français ou en malgache n’est pas la seule qualité. Ce n’est pas en débauchant certains journalistes avec des salaires attractifs que les nouveaux quotidiens pro-régimes vont s’attirer les plumes les plus acerbes et affirmées. Les journalistes nouvellement recrutés par des quotidiens pseudo-indépendants ont pour mission de caresser le régime dans le sens du poil, de louer ses réalisations et de donner une image positive de Madagascar. Quels journalistes sérieux pourront limiter leurs écrits à cette triple mission manipulatrice ? Jusqu’à quand pourront-ils mentir à l’opinion publique et se mentir à eux-mêmes ? Notre pays est mis à mal par les trafics, les pillages, la malnutrition, la corruption, les conflits d’intérêts et les fraudes. Comment passer sous silence de tels fléaux qui expliquent en partie pourquoi notre pays est un des plus pauvres du globe ? Quels journalistes dignes de ce nom pourront fermer les yeux sur les excès et les insuffisances du régime, asséner de fausses vérités, encourager la démagogie institutionnelle et se regarder encore dans le miroir ? Comment ces nouveaux journalistes oseront-ils se faire les complices d’une tyrannie grandissante et dépeindre une vie en bleu alors que le peuple broie du noir ? Ceux qui soutiendront que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes n’apparaîtront jamais comme des leaders d’opinion. Le discours politiquement correct des médias asservis ne fera jamais le poids face aux éditoriaux mouillés d’acide des médias libres. La presse de pouvoir n’existe que pour servir le pouvoir en place. Elle est donc éphémère et légère. Le journalisme d’Etat n’a pas pour finalité d’informer la population mais de servir la propagande d’Etat. Elle est donc fade. Pour le régime, un « bon » journaliste doit mettre en relief un ministre lors de l’inauguration d’un ouvrage public. Il n’écrira surtout pas que la construction de cet ouvrage a fait l’objet d’un appel d’offre truqué et que le ministre concerné a perçu un milliard Ariary en pot-de-vin. Le racolage des journalistes de la place par le régime actuel n’est qu’un arrangement artificiel et ponctuel destiné à anéantir le sens critique et à redresser l’image déclinante de l’équipe dirigeante. Après avoir placé tous ses pions sur l’échiquier médiatique, le régime espèrera amender le Code de la Communication selon ses seuls intérêts afin d’élargir le champ de la tromperie. Pourtant, il ne pourra pas acheter les têtes brûlées du journalisme qui refuseront d’être vampirisés et d’être soumis au diktat de la pensée unique. Certains patrons de presse et journalistes ne s’agenouilleront jamais devant un régime qui est déjà à terre.

M. GASPARD