Claudine Razaimamonjy bénéficie d’un quasi-monopole sur les marchés publics dans toute l’île. Quand ce n’est pas elle ou sa société qui se met en avant, elle utilise une myriade de sociétés-écran. La lettre de l’Inspection générale de l’Etat demandant l’intervention du Secrétariat d’Etat à la Gendarmerie pour enquêter des personnes défiant l’autorité des agents vérificateurs, mentionne deux autres personnes, en plus de Claudine Razaimamonjy. Il s’agit de Raharimanantsoa Saholiniaina et Randriantsara Linah Sylvie. Ces dernières sont des prête-noms de Claudine Razaimamonjy.

Le 5 décembre 2014, Randriantsara Linah Sylvie a remporté un marché portant sur la construction de 18 écoles primaires publiques (EPP) à deux salles de classe pour les régions Amoron’i Mania, Haute Matsiatra et Ihorombe pour un montant de 1.896.453.399 Ariary (9.482.266.995 Fmg). Cela revient à 105.358.522 Ariary (526.792.611 Fmg) par EPP. Cela fait cher et même très cher pour deux salles de classe. Randriantsara Linah Sylvie n’est pas le seul prête-nom utilisé par Claudine Razaimamonjy pour obtenir de gros marchés publics. Ce même 5 décembre 2014, l’Entreprise Malagasy de Construction Générale (EMCG), qui est un autre prête-nom pour Claudine Razaimamonjy a remporté deux marchés. Le premier a porté sur la construction de huit écoles primaires publiques à deux salles de classe pour les régions Diana et Sava pour un montant de 691.308.954 Ariary soit 3.456.544.770 Fmg. Le second a concerné la construction de 14 écoles primaires publiques à deux salles de classe pour les régions Diana et Sava pour la somme de 1.226.561.839 Ariary, soit 6.132.809.195 Fmg.

Ce même jour, d’autres personnes physiques et morales, qui sont également des prête-noms de Claudine Razaimamonjy, ont obtenu des marchés tout aussi conséquents. Citons, entre autres, les sociétés Matrace (629.151.051 Ariary soit 3.145.755.255 Fmg), Sahaza (993.609.984 Ariary soit 4.968.049.920 Fmg), Soanavela (1.199.185.436 Ariary soit 5.995.927.180 Fmg) et ASC (1.481.249.460 Ariary soit 7.406.247.300 Fmg). Tous ces marchés ont été octroyés lors d’une seule et même journée. Même si la Commission Nationale des Marchés ne se réunit pas tous les jours, on peut extrapoler les gains perçus par Claudine Razaimamonjy en une année. Cette dernière ne pourra pas s’expliquer puisqu’elle refuse d’être entendue par l’Inspection Générale de l’Etat.

On aurait bien aimé connaître également l’avis de l’Inspection Générale de l’Etat sur ces décisions de la Commission Nationale des Marchés. Pour protéger l’intégrité et la bonne gouvernance, on peut davantage compter sur l’Inspection Générale de l’Etat que sur le Bianco. Elle seule pourra mettre à jour pourquoi l’Etat souffre d’une insuffisance budgétaire chronique alors que le HVM affiche une santé financière insolence. L’intérêt de notre investigation est qu’elle ne se limite pas à Claudine Razaimamonjy et à sa toile de prête-noms. Un scandale en cache souvent un autre. En effet, tous les marchés ci-dessus ont fait l’objet d’une demande d’autorisation d’engagement envoyée par le ministre de l’Education nationale, Paul Rabary, au Président de la République, sous couvert du Premier ministre. Le ministre de l’Education s’est adressé directement au chef de l’Etat alors que son supérieur hiérarchique est le Premier ministre, lequel est le chef de l’Administration.

Tous les abus ci-dessus mentionns auraient donc été cautionnés par le ministre de l’Education nationale et approuvés par le chef de l’Etat. Ceux qui soutiennent que Paul Rabary n’est pas le complice déclaré de Claudine Razaimamonjy ne peuvent pas nier que le ministre a été un maillon de la chaîne. On se souvient que Paul Rabary a récemment soutenu avec force que Madagascar avait besoin de 3.000 nouvelles salles de classe par an. Est-ce la Grande Ile qui a besoin de 3.000 nouvelles classes ou de la Grande Claudine? Est-ce Paul Rabary qui fait du zèle pour que Claudine Razaimamonjy augmente son chiffre d’affaires ou est-ce elle qui aide ce ministre à atteindre ses objectifs ? Avant sa nomination au poste de ministre, Paul Rabary était un redresseur de torts. Ennemi juré de la corruption, il était habité par une soif de réformes structurelles. Grande bouche, il éblouissait les médias avec son éloquence, ses analyses et sa volonté de restaurer la République. Aujourd’hui, il est rentré dans les rangs. Il est devenu la version masculine d’Onitiana Realy. Apprivoisé par le système, il a appris à mépriser la misère extrême qui nous entoure.

PN et Lola R