Une Jirama toujours en crise et qui continue de bouffer les deniers publics (300 milliards Ar pour 2016), une Jirama, et encore elle, qui évolue avec des statuts obsolètes et donc une Jirama hors-la-loi, un taux d’électrification parmi les plus faibles en Afrique (15% contre 35% à l’échelle continentale)… Les chantiers qui attendent le nouveau ministre chargé de l’Energie sont immenses et parsemés de problèmes et crises. Ayant déjà occupé ce poste sous Ravalomanana et sous la transition, Rodolophe Ramanantsoa pourrait être l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. C’est l’un des rares ingénieurs énergéticiens environnementalistes sur le continent. Puis, il a occupé depuis plusieurs années des postes de responsabilités au sein du ministère en charge de l’Energie. Mais que peut faire un ministre face à l’inertie et au silence complice de l’Etat, unique actionnaire de la Jirama ? Pour répondre à cette question, il faudra attendre pour voir. Et en attendant, il faut noter que l’énergie est un secteur à effets transversaux.
Cela signifie qu’elle peut aider à développer de nombreux secteurs comme l’industrie, l’agriculture, le commerce, l’éducation, la santé, la nutrition, la sécurité… Notons, par exemple, que l’absence d’éclairage public dans de nombreux quartiers réputés être calmes, fait monter l’insécurité. La consommation d’électricité pour l’éclairage public n’a connu qu’une faible croissance de 2% en 2015. Elle représente seulement 0,6% de la consommation totale. Pour les ménages, la croissance de la consommation a été de 3,5% l’année dernière, contre 1,2% pour l’industrie et le secteur des services. Et on ne parle pas de la moyenne de 450 jours pour voir aboutir les demandes de raccordement à l’électricité. Elle est de 130 jours en Afrique subsaharienne. Tous ces chiffres attestent de la profonde crise qui frappe l’économie en général et l’énergie en particulier. Ils prouvent également que l’Etat, unique actionnaire de la Jirama n’a pas une stratégie claire et efficace pour sortir cette société de son éternelle crise.
En fin de compte, il manque cruellement de volonté politique quant aux changements radicaux qui devraient prévaloir au sein de la Jirama. La preuve en est que les principales mesures annoncées depuis 2 ans n’ont pas encore été mises en place. Citons le changement de statuts de la Jirama selon la loi sur les sociétés commerciales, l’audit de gestion de l’entreprise et des contrats qu’elle a passés avec ses partenaires du secteur privé (compagnies pétrolières, producteurs d’électricité, loueurs de groupes, etc.) Si ces mesures ont été appliquées, le secteur électricité aurait dû connaître un léger mieux. Rien que pour les méga-subventions, l’amélioration de la gestion de la Jirama via l’audit évoqué ci-dessus aurait dû aider à réduire le volume. Mais cette année, cette entreprise va encore engloutir la somme faramineuse de 300 milliards Ar. Rares sont les ministères à disposer d’un tel montant qui représente plus que le double du budget pour le sommet de la francophonie. En fait, la priorisation budgétaire est un secteur où l’exécutif n’excelle pas du tout.
Fanjanarivo