Les malversations du régime actuel, régulièrement dénoncées par notre journal, sont une surprise pour nos concitoyens mais elles sont connues des bailleurs. Pourquoi dès lors ne réagissent-ils pas de manière virulente ? Pourquoi ne dénoncent-ils pas les reconductions de ministres qui ont brillé par leur mauvaise gouvernance et leurs actes de corruption ? Il y a plusieurs explications à ce silence complice. Tout d’abord, les représentants des bailleurs à Madagascar se contentent de faire des rapports. Les décideurs, qui se basent sur des stratégies géopolitiques, ne connaissent pas forcément la réalité. Ensuite, certains hauts fonctionnaires de Bruxelles, Paris, Berlin, Londres, Washington et Tokyo perçoivent des commissions sur les sommes débloquées dans le cadre des aides bilatérales et multilatérales. Plus il y a de décaissements et plus les bougres prospèrent. L’utilisation des fonds leur importe peu. De plus, les bailleurs se moquent des fonds détournés lorsqu’il s’agit de sommes prêtées, lesquelles seront remboursées en devises étrangères par les malgaches sur plusieurs générations. Les bailleurs sont pointilleux pour les dons offerts par les contribuables européens. De ce qui précède, on ne répètera jamais assez que les bailleurs sont en partie complices de nos gouvernants. Pour preuve, les bailleurs insistent lourdement sur l’augmentation du taux de pression fiscale alors que les ménages et les entreprises souffrent d’une imposition déjà insupportable. Les entreprises attendent toujours le remboursement de crédit de TVA alors que leur trésorerie est quasi nulle. Elles ne peuvent ni investir ni embaucher. Quelles sont les contreparties palpables aux hausses d’impôts ? Elles sont nulles ou alors elles sont invisibles. Au lieu de faire pression sur la population pour remplir les caisses de l’Etat, les bailleurs devraient plutôt imposer aux barons et baronnes du régime malgache le remboursement des sommes détournées dans le cadre de marchés publics truqués. Les bailleurs savent ce qu’ils font en exigeant une hausse de la pression fiscale. Ils favorisent les conditions du chaos. En effet, ils poussent la population malgache à se révolter contre le régime actuel. Les crises sociopolitiques, qui s’ensuivent, accentuent le niveau de pauvreté de Madagascar et augmentent notre niveau de dépendance à l’égard des aides étrangères.
Lola R. et Folojaona
