Emouvante passation de service entre Rivo Rakotovao, précédemment ministre d’Etat chargé de l’Equipement, des Projets Présidentiels et de l’Aménagement du Territoire, et son successeur, Narson Rafidimanana. En effet, quatre autres ministres du gouvernement Mahafaly sont venus à la cérémonie, comme pour manifester leur soutien à cet infortuné collègue. En fait, privé du titre magique de « ministre d’Etat » et relégué au ministère de l’Agriculture et de l’Elevage, Rivo Rakotovao rentre dans les rangs et devient un ministre comme les autres. Le général Beni Xavier Rasolofonirina, nouveau ministre de la Défense, Paul Rabary, reconduit à l’Education Nationale, Chabani Nourdine, nouveau ministre de l’Industrie et du Secteur Privé et le général Paza Didier, maintenu au secrétariat d’Etat à la Gendarmerie, se sont dérangés pour assister l’ex-tout puissant bras droit du chef de l’Etat et soutenir son moral.
C’est la première fois qu’on voit un ministre sur le départ (pour un autre ministère) bénéficier d’une façon aussi voyante de la sollicitude et de la commisération de ses pairs. Si les journées d’hier et d’avant-hier n’étaient pas consacrées aux passations de service, les membres du gouvernement seraient venus plus nombreux à cette cérémonie d’Anosy.
A quoi attribuer la disgrâce de celui qui fut le camarade de Hery Rajaonarimampianina sur les bancs de la Faculté d’Economie d’Ankatso, et qui fut le conseiller spécial du ministre des Finances Hery Rajaonarimampianina ? Beaucoup invoquent en premier lieu le scandale Silac, du nom de l’entreprise commerciale, dirigée par Rivo Rakotovao. De récentes révélations ont mis en évidence le fait suivant : s’étant chargée de l’opération « Vary Mora » (riz bon marché, car subventionné par l’Etat) sous la transition, Silac est à l’origine d’un trou de 250 milliards de fmg dans les caisses publiques. Selon un rapport de l’Inspection Générale de l’Etat (IGE), il s’agit d’une « somme disparue et non remboursée par Silac ».
Plutôt que de sacrifier un copain plongé jusqu’au cou dans une affaire nauséabonde, Hery Rajaonarimam-
pianina a préféré le garder mais l’a casé à un poste moins voyant. Selon d’autres, Rivo Rakotovao manquait de punch dans la conduite des travaux d’équipement du Sommet de la Francophonie. Il a donc été écarté, le chantier ayant été remis à un ministre « plus performant » (nous ne voyons pas en quoi…). Une autre version signale qu’en haut lieu, on était fatigué de l’interminable guéguerre entre Rivo Rakotovao et l’ex-chef d’Etat Marc Ravalomanana. D’autant que celui-ci reste un allié du régime en plaçant un de ses hommes (Roland Ravatomanga) dans le gouvernement. Notons que Rivo Rakotovao ironise souvent sur les arriérés astronomiques que Marc Ravalomanana doit à l’Etat, alors que lui-même est redevable de 250 milliards aux caisses publiques.
Pour d’autres, Rivo Rakotovao a été installé au ministère de l’Agriculture, pour « traiter » les crédits faramineux dont bénéficie ce département, en vue de la constitution d’un trésor de guerre pour 2018. Ce ministère effectivement est le destinataire de fonds importants de la part de divers bailleurs, dont la Fao, le Pam, l’Afd, la Bad, le Fida, etc. La dernière version est celle-ci : Mahafaly Olivier, dont le rôle est de couvrir les agissements des proches du chef de l’Etat, n’aurait accepté son nouveau poste qu’à une condition. La mise à l’écart de Rivo Rakotovao dont le titre de ministre d’Etat lui fait de l’ombre.
En tout cas, en raison de son implication dans la ténébreuse affaire Silac, Rivo Rakotovao devrait être mis sur la touche. Et cela, car tout membre du gouvernement se doit d’être exemplaire dans son comportement. Mais sous ce régime dont le maître mot est l’impunité…
A. R.
