Face aux foyers de tension qui se multiplient, le gouvernement Mahafaly joue déjà au pompier. Le nouveau Premier ministre a convoqué en son bureau vendredi les leaders syndicaux des greffiers et des agents pénitentiaires, les deux corporations en grève du ministère de la Justice. L’homme s’y est-il pris maladroitement ? On ne le sait. En tout cas, le chef du gouvernement n’a pu raisonner les meneurs et le mouvement n’a pas cessé. Comme il n’y a pas de grève dans l’administration territoriale dont il s’est occupé jusqu’ici, le nouveau Premier ministre ne sait très bien par quel bout prendre un mouvement social. L’homme est désorienté face à cette situation nouvelle et oscille entre deux solutions : la carotte ou le bâton.

Pourtant, si dès les premiers jours de son installation, le nouveau gouvernement a pu résoudre la grève des greffiers et des agents pénitentiaires, cela lui aurait conféré un certain éclat. Hélas il n’en est rien. Le mouvement paralyse actuellement le fonctionnement de l’appareil judiciaire, avec une cessation presque complète des activités des tribunaux. Les justiciables contrariés récriminent et le prestige du nouveau gouvernement en prend un sérieux coup.

L’équipe d’ailleurs manie de façon gauche la lance et ne sait très bien où arroser pour circonscrire le sinistre. De fait, le foyer d’incendie a souvent une forte connotation financière et les ministres, privés du nerf de la guerre, sont plongés dans le désarroi. De quelle manière en effet satisfaire des grévistes qui réclament des arriérés d’indemnités qui se chiffrent par milliards ? Comme face aux greffiers et aux agents pénitentiaires, l’attitude la mieux indiquée consiste à différer le paiement et à annoncer que la question est « en bonne voie de règlement ».

Au ministère de la Justice, les grévistes connaissent cette chanson et ne se laissent plus berner par les assurances empressées du ministre et des directeurs de service. Le mouvement s’éternise donc et l’image du gouvernement et du régime en général se dégrade. C’est que la population, sceptique face à l’avènement du « gouvernement de combat », s’aperçoit que l’équipe manque d’agressivité et perd du terrain.

En tout cas, de nouveaux foyers d’incendie se déclarent et le gouvernement devra se dépenser pour se rendre maître des feux. Les enseignants Fram s’affichent et réclament le paiement des indemnités en souffrance ainsi que des vacations des derniers examens. Pour le gouvernement, une grève pourrait survenir au plus mauvais moment : lors de la période des examens officiels, avec peut-être un boycott de la surveillance et de la correction des épreuves. Sur le campus d’Ankatso depuis le début de la semaine, les étudiants s’agitent et refusent la nouvelle réglementation relative à l’occupation des logements universitaires. Un ultimatum a été lancé en direction des responsables des œuvres universitaires et bientôt, le feu qui couve pourrait connaître l’embrasement. Du côté d’Air Madagascar les meneurs charismatiques de la grève de juillet dernier rameutent de nouveau les employés. Ils tirent la sonnette d’alarme face au « naufrage » de plus en plus prononcé de la compagnie. Leur appel pourrait être entendu, d’autant que les gouvernants semblent abandonner la société nationale à son triste sort…

Bientôt confronté à des grèves multiples, le régime pourrait adopter l’habituelle solution de facilité : qualifier ces mouvements de « menées subversives de déstabilisation ».

A. R.