Spoliés sur toutes les largeurs ! C’est ce qu’on peut dire des citoyens et du pays dans son ensemble, excluant les trafiquants de bois de rose et les responsables étatiques tant locaux que centraux qui sont leurs complices. Les stocks de bois de rose cachés estimés à 2 millions de rondins d’après le comité chargé de l’inventaire, représentent un vrai pactole. Si on part des cours du bois de rose (30 000 dollars/t) de 2015, ces stocks sont estimés à près de 7 milliards de dollars ou plus de 20 600 milliards Ar. Notons que 9 rondins environ donnent 1 tonne de bois de rose. La valeur citée plus haut est 4 fois supérieure au budget public défini dans la loi de finances 2016 ! Et si on continue la comparaison, elle s’approche du PIB ou des richesses créées en une année dans le pays (10,6 milliards de dollars). Seulement, l’argent du bois de rose n’entre pas dans la caisse de l’Etat. En janvier, le président de la république a balancé avec fierté le montant d’un peu plus de 900 millions de dollars d’aide extérieure obtenue par le pays. Ce n’est rien comparé aux 7 milliards US$ du bois de rose.
En réalité, les dirigeants n’ont plus à jouer aux mendiants auprès des bailleurs de fonds s’ils ont la volonté d’en finir rapidement avec les trafics de bois de rose. Car toute lenteur, dans laquelle les dirigeants actuels excellent, ne peut qu’inciter à de nouvelles coupes de bois et donc au cumul de stocks cachés. Rappelons que lors de l’inventaire mené dans le Nord du pays, des sources concordantes ont révélé que les agents membres du comité chargé de l’inventaire ont été souvent contraints de fermer les yeux sur de nombreux stocks. Les mêmes sources avancent que des responsables étatiques locaux font aussi leurs propres affaires de bois de rose et obligent même les agents sous leurs ordres à collecter pour leurs propres comptes. Ils sont les premiers à menacer les agents dont on parlait plus haut. Tous ces problèmes sont appelés à se multiplier tant que les dirigeants lambinent dans la lutte contre les trafics. Or, si le pays maîtrise ces trafics, il disposera largement de quoi financer les infrastructures socioéconomiques dont il manque, les secteurs prioritaires comme l’énergie, la santé, l’éducation, le développement rural…
Et ce sera au profit des générations actuelles et futures car l’argent du bois de rose n’est pas des prêts qu’il faudra rembourser. Mais tout cela n’est que de l’illusion puisque les dirigeants ne font que de la démagogie. Le 5 février 2014, le président de la république a fait une déclaration solennelle comme quoi, il allait faire de la lutte contre les trafics de bois de rose, une affaire personnelle ! Depuis, les trafics se poursuivent et les stocks cachés de 2 millions de rondins en sont la preuve. En attendant le bon vouloir des dirigeants, le pays s’enfonce dans la misère et manque de fonds pour financer la croissance et le développement. Pire, les trafics de bois de rose exacerbent le climat des affaires déjà pourri par de nombreux facteurs comme la mauvaise qualité de l’énergie, la lenteur administrative… Ils exercent une concurrence déloyale sur des secteurs comme l’industrie. Une partie de l’argent des trafics est, en effet, blanchie dans l’importation sauvage vendue à prix bradés sur le marché local. Une autre va dans des projets immobiliers qui créent certes des emplois mais temporaires.
Fanjanarivo