Le Premier Ministre soulève le voile sur la réalité des conditions de travail de la presse malgache et semble vouloir mener le combat en faveur de la liberté réelle de la dite presse, un des principes fondamentaux des systèmes démocratiques.

La liberté de la presse repose sur la liberté d’opinion, la liberté de pensée et d’expression.

Les journalistes de Madagascar souhaitent avoir écouté et entendu dans les déclarations du PM à Mahazoarivo une déclaration d’ouverture et une réponse concrète pour une presse libre (le « entendu » n’est pas bien évidemment le « je vous ai entendu du Gal de Gaulle en Algérie). Depuis quelques années, il est incontestable que travailler pour offrir aux lecteurs des informations crédibles et de qualité relevait d’un véritable parcours de combattant. La pugnacité et le courage étaient et sont les qualités requises pour persévérer dans la profession journalistique à Madagascar. Leur réconfort, évaluer l’intérêt des passants par le volume d’attroupement devant le panneau d’affichage des différents quotidiens en vente, car économiquement parlant le métier « ne nourrit pas son homme » et par ailleurs le pouvoir d’achat d’un malgache lambda réduit considérablement la possibilité d’acheter régulièrement un quotidien ; nous sommes face au « cercle vicieux du monde journalistique ».

Ce jeudi 21 avril, au petit déjeuner, Le Premier ministre face aux patrons et responsables de télés, radios et journaux éclaire les déclarations sibyllins du Président de la République. En effet, le Premier Ministre a affirmé être : pour des critiques constructives, une liberté de la presse et la dépénalisation des délits de presse, « la dépénalisation des délits de presse est acquise ». Les propos tenus s’écartent effectivement des déclarations et de la politique de monsieur Nicolas Sarkozy et semble vouloir se rapprocher de l’action de madame Viviane Reding, action pour « un renforcement de ces valeurs et droits fondamentaux afin de permettre aux journalistes de les invoquer contre les gouvernements ou les autorités lorsqu’ils estiment que le libre exercice de leur profession est menacée de façon injustifiée.»

Quelques « recoupements d’information » afin d’éclairer les lecteurs de la réalité journalistique à ce jour et du « combat » à mener pour tendre vers une démocratie effective ; la liberté de presse, d’information et d’expression restant vitale pour une société démocratique.

L’Ong RSF (Reporters sans frontières) mesure la liberté de la presse d’un pays et non la qualité du journalisme ni l’autocensure et établit dans ce sens un classement mondial de la liberté de la presse. Il est essentiel à rappelerque :

- ce classement est fondé sur les réponses aux enquêtes, enquêtes envoyés aux journalistes membres d’organisations partenaires de RSF, aux spécialistes de la question, à savoir : les chercheurs, les juristes et les activistes des droits de l’homme.

- L’enquête porte sur des attaques directes faites aux journalistes, aux mass-médias et autres sources indirectes de pression contre la presse libre (les pressions sur les journalistes par des lobbies).

L’Ong RSF établit une liste non exhaustive des atteintes à la liberté de la presse et leur manifestation : l’assassinat, l’emprisonnement, l’enlèvement et l’agression de journalistes, la pénalisation des peines, la non protection des sources….

Pour l’Ong RSF, Madagascar gagne dans le classement de 180 pays 17 places en 2015 (64èmesur 180 pays) et 8 places en 2016 (56èmesur 139 pays). Cependant, Madagascar reste dans la zone sensible (couleur jaune) pour des raisons politiques et sécuritaires. Entrent également dans l’attribution de la notation les critères suivants : la détérioration du cadre légal des médias(le délit de presse est à ce jour toujours pénalement répréhensible), l’absence du nouveau code de communication, les violences accrues contre les journalistes, l’usage des médias à des fins politiques, la censure (les sujets qui restent tabous et particulièrement les monopoles économiques d’acteurs politiques), à la pression de l’Etat et l’emprise des médias (comme en Ukraine).

Enfin, la publication de RSF conclut que « la situation est globalement calme, mais le débat démocratique reste limité ». Cette conclusion semble aller dans le même sens que le rapport du secrétaire d’Etat américain, John Kerry, sur la situation des droits de l’Homme à Madagascar.

Aujourd’hui et maintenant à Madagascar

1) les deux textes en vigueur restent :

La loi n°90-031 du 21 Décembre 1990 sur la Communication TITRE III De l’exercice de la liberté de presse

l’Ordonnance n° 92-039 du 14 septembre1992, sur la communication audiovisuelle

2) l’avant-projet de loi portant Code de la Communication qui a vocation à abroger (art 205 dans l’avant - projet) les deux textes précédemment cités reste« en gestation »:

Un quotidien titre en ce qui concerne le Code de la communication– « Vers le quadrillage de la presse : Le projet de code de la communication vient de sortir des tiroirs. Reste à savoir ce qu’il en sera de la version finale ».

Aujourd’hui et maintenant au Ghana :

En effet, le classement RSF 2016 place le Ghana au 2ème rang en Afrique( après la Namibie 17ème rang) et au 26ème rang dans le classement général (139). Le Ghana est cité régulièrement en matière de démocratie. Cependant, le Ghana recule de 4 places. « La Fondation des médias d’Afrique de l’Ouest a recensé pour l’année 2014 neuf attaques physiques, plusieurs arrestations de journalistes et des raids menés contre des journaux. « Ces attaques bénéficient d’un climat d’impunité et d’une législation inaboutie en matière de liberté de l’information. Des articles du code pénal qui punissent la publication de « fausses nouvelles » sont parfois détournés de leur propos et utilisés contre les journalistes », fait observer RSF. »

La lutte pour la liberté est fragile et permanente, même les champions peuvent faillir. La vigilance reste de rigueur.

Aujourd’hui et demain à Madagascar ou le devenir de la liberté d’information et d’expression

La Lettre du Texte « en gestation » nous avons entendu, respectera l’Esprit de :

la Constitution en ces articles 9, 10 et 11 relatifs aux droits et des devoirs civils et politiques :

Article 9.

Toute personne a droit à la liberté et ne peut faire l'objet d'une arrestation ou d'une détention arbitraire.

Nul ne peut être poursuivi, arrêté ou détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu'elle a prescrites.

Tout individu victime d'arrestation ou de détention illégale a droit à réparation.

Article 10.

Les libertés d'opinion et d'expression, de communication, de presse, d'association, de réunion, de circulation, de conscience et de religion sont garanties à tous et ne peuvent être limitées que par le respect des libertés et droits d'autrui et par l'impératif de sauvegarde de l'ordre public, de la dignité nationale et de la sécurité de l'État.

Article 11.

Tout individu a droit à l'information. L'information sous toutes ses formes n'est soumise à aucune contrainte préalable, sauf celle portant atteinte à l'ordre public et aux bonnes mœurs.

La liberté d'information, quel que soit le support, est un droit. L'exercice de ce droit comporte des devoirs et des responsabilités, et est soumis à certaines formalités, conditions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires dans une société démocratique.

Toute forme de censure est interdite.

L'exercice de la profession de journaliste est organisé par la loi..

La Charte de déontologie de Munich (ou Déclaration des devoirs (10) et des droits (5) des journalistes)qui dit en son Préambule :

Le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain.

Ce droit du public de connaître les faits et les opinions procède l’ensemble des devoirs et des droits des journalistes.

La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l’égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics.

La mission d’information comporte nécessairement des limites que les journalistes eux-mêmes s’imposent spontanément. Tel est l’objet de la déclaration des devoirs formulés ici.

Mais ces devoirs ne peuvent être effectivement respectés dans l’exercice de la profession de journaliste que si les conditions concrètes de l’indépendance et de la dignité professionnelle sont réalisées. Tel est l’objet de la déclaration des droits qui suit.

Le principe de « bonne foi journalistique » qui peut exonérer le journaliste, auteur de la diffamation, de sa responsabilité si les quatre critères : la légitimité du but poursuivi, l’absence d’animosité personnelle, la prudence et la mesure dans l’expression, ainsi que la qualité de l’enquête sont réunis

Demain à Madagascar ou le devenir de la Presse

Le RSF classera en 2017 Madagascar dans les 10 premiers et elle s’alignera parmi les pays de l’Europe du Nordayant intégré l’Esprit de la liberté de la presse qui repose sur la liberté d’opinion, la liberté de pensée et d’expression. Madagascar peut réussir cet exploit, « ce combat ».

Recueillie par

Nancy Razanatseheno