A l’heure où la refonte du code minier est d’actualité, les économistes réagissent. Des organisations de la société civile aussi. L’avis et les propositions de ces différents acteurs ne convergent pas forcément. C’est dans ce contexte qu’une étude sur le sujet publiée ce mois-ci a été réalisée par Isabelle Ramdoo de l’European centre for development policy management (ECDPM) et Aimée Randrianarisoa, expert indépendant. Intitulé « Secteur extractif à Madagascar : quel appui à la société civile ? », le document propose notamment des pistes pour que la société civile soit visible et compréhensible par et pour les citoyens. Ces pistes devraient aussi l’aider à surmonter les obstacles l’empêchant de procéder à l’action collective. Notons que la société civile est l’un des trois piliers de l’Initiative pour la transparence dans l’industrie extractive (EITI) à laquelle Madagascar adhère. Et elle devrait avoir voix au chapitre à toutes les phases de décision concernant le secteur. Elle gagnerait donc à être reconnue et légitimée par la population, l’Etat et les compagnies. Mais pour l’heure, l’étude citée plus haut remarque : « Il est rare qu’un citoyen sache répondre correctement aux questions : «la société civile, qui est-elle ou qu’est-ce qu’elle est vraiment ? Et que fait-elle exactement ? ».

Les auteurs estiment que pour être crédible et efficace dans ses rôles, la société civile doit être impliquée dans les différentes phases de prises de décision au fur et à mesure que le secteur se développe, notamment en amont. Autrement dit, elle devrait être impliquée dans le choix des matières à extraire ou non, dans l’octroi des contrats et permis. Et en aval, la société civile est appelée à promouvoir la transparence de la gestion des revenus, le suivi de l’impact du secteur sur le développement socioéconomique et environnemental du pays. Pour ce faire, elle devrait se doter de capacités pour susciter et participer à un véritable débat public « pour une meilleure transparence dans le processus d’octroi de permis et dans les contrats miniers ». Ces capacités lui permettront également de veiller au respect des engagements et des droits des différents acteurs, d’exiger la transparence sur les revenus générés par le secteur extractif, de plaider pour un investissement durable des revenus dans des projets socioéconomiques.

Etant donné le caractère non renouvelable des minerais, il faut, en effet, veiller à ce que les revenus qui en sont issus financent des investissements prioritaires. Ceux-ci devraient répondre aux besoins prioritaires de la population (santé, éducation sécurité alimentaire, amélioration du niveau de vie…) Par ailleurs, ces investissements devraient « stimuler les leviers économiques autour du secteur extractif pour générer de l’emploi et pour créer des liens avec d’autres secteurs économiques dans le but de consolider, de diversifier et de renforcer les activités économiques dans la région tout en tenant compte des dimensions socioculturelles et environnementales ». Bref, la société civile a encore du chemin à faire pour jouer pleinement ses rôles dans le secteur extractif.

Recueillis par

Fanjanarivo