Orange Madagascar persiste et signe: elle " se refuse à payer toute forme de commission, sous quelque forme que ce soit, s'inscrivant au-delà de tout cadre légal". C'est ce qu'elle annonce en substance dans un communiqué diffusé hier dans lequel elle déclare "poursuivre ses engagements aux côtés de l'Etat malgache dans la lutte contre la corruption, en appliquant la politique de tolérance zéro du Groupe Orange vis-à-vis de la corruption. Cet engagement vient renforcer le programme de lutte contre la corruption mis en place depuis plusieurs années dans toutes les filiales du Groupe Orange, et articulé autour de la charte éthique".
Ce communiqué intervient après les accusations de corruption faites par Michel Barré, DG d'Orange Madagascar, contre des membres du précédent gouvernement et des dirigeants de l'Artec (autorité de régulation des télécommunications). Véritable pavé dans la mare, ces accusations ont terriblement gêné les milieux gouvernementaux et politiques qui craignaient terriblement que ce ne soit le début du grand déballage tant souhaité depuis des années. Le fait que le processus soit enclenché à partir d'un événement affectant une entreprise française suppose que la France et l'ensemble de la communauté internationale sont derrière. Celle-ci voulant sans doute laisser aux autorités nationales compétentes le soin de régler les choses (le Bianco a le devoir d'ouvrir une enquête sur des accusations sans qu'il y ait nécessairement plainte officielle ni preuves ), le DG d'Orange Madagascar semble vouloir calmer le jeu à travers ce communiqué.
C'est, en effet, à l'unanimité qu' à la suite de ses déclarations, l'opinion réclame à M. Barré d'apporter les preuves de ses accusations. Au lieu et à la place, ce communiqué dans lequel la compagnie de téléphonie veut prouver son engagement. Ainsi, elle déclare "avoir toujours payé tous les impôts, droits, taxes, et redevances de toute nature conformément à la législation en vigueur et s'est vu décerner en 2015 un certificat de reconnaissance par la DGI pour sa contribution active aux recettes fiscales. Orange a payé à l'ARTEC le 6 juillet 2015 tous les droits afférents au renouvellement pour dix ans et à la mise en conformité de sa licence d'opérateur de télécommunications dans le cadre des nouvelles réglementations en vigueur". A priori c'est tout à l'honneur de cette filiale du géant français de la téléphonie. A fortiori il s'agit d'une manœuvre dilatoire pour cacher les agissements d'Orange Madagascar de vouloir imposer sa loi à Madagascar.
Cette affaire, rappelons-le, tire son origine dans le refus d'Orange Madagascar de se conformer à la loi en vigueur. D'où ses accusations de racket "pour le renouvellement de sa licence. Même sans payer une "commission", la compagnie a donc eu sa licence. D'après les sources proches du dossier. Orange Madagascar omet cependant de préciser qu'ils ont paraphé et signé le cahier des charges en biffant tout ce qui ne leur convenait pas. Est-ce ce qu'on appelle se conformer à la loi? Si ce n'est pas imposer son diktat dans un pays souverain, c'est quoi? Doit-on condamner l'Artec s'il n'a pas contresigné? Et si c'est l'origine des accusations de corruption?
Toujours est-il que le communiqué de la compagnie constitue un flagrant délit de mensonge. Il y a d'abord le non-respect de la réglementation qui sera d'ailleurs attaqué par voie d'arbitrage international, avait annoncé publiquement l'un de dirigeants de la société. Il y a aussi le non-paiement des taxes de régulation et de contribution Artec. D'après nos sources, les arriérés d'Orange Madagascar au titre de 2015 se chiffre à plus de 6 millions Ar.
Ces mensonges éventrés, il faut s'attendre à ce que les exigence de preuves de la part de Michel Barré se renforcent dans les prochains jours. Les uns pour pouvoir "lyncher" les racketteurs qui ont agi longtemps en toute impunité. Les autres pour voir si ce n'est pas de la déstabilisation pure et simple. Quel que ce soit le mobile de M. Barré, le pays paie déjà le prix fort de ses accusations en terme d'image et de confiance au niveau de la communauté des investisseurs. Tout cela parce qu'il veut tout simplement imposer sa loi. C'est contraire à la légendaire hospitalité malgache mais ce comportement est tellement révoltant qu'on est obligé de dire: qu'il impose ailleurs ses volontés s'il le veut !
D. R.