Acheter de la vanille pour blanchir l’argent tiré des trafics de bois de rose. Les médias internationaux en parlent ces derniers temps. Ainsi, les trafiquants cherchent tous les moyens pour blanchir la fortune issue de leurs opérations illégales. Après l’immobilier et l’importation de produits de première nécessité, la filière vanille fait également la cible de ces trafiquants. Ces derniers contribuent ainsi à la dégradation de la qualité de la vanille récoltée trop tôt et donc de moindre qualité. L’entrée en lice des trafiquants de bois de rose participe également au renchérissement des prix de la vanille, lequel commence à décourager les acheteurs internationaux. De 50 dollars/kg en 2013, la vanille de qualité se négocie maintenant à plus de 200 dollars, soit 2 à 3 fois plus qu’il y a un an. De quoi réorienter les industriels de l’agroalimentaire et les professionnels de la cosmétique mondiaux vers de la vanilline synthétique. Il faut toutefois remarquer que ces dernières années, la demande mondiale connaît une croissance de 3% par an. Mieux, le marché ne se limite plus aux Etats-Unis, à l’Europe et au Japon. Il s’étend sur la Chine et le Brésil qui se mettent à aromatiser leurs glaces avec de la vanille naturelle.

Autrement dit, le marché commence à se diversifier et ce serait une belle opportunité à saisir pour Madagascar, 1er producteur mondial. Seulement, des trafiquants de bois de rose sabotent la filière. Ils exacerbent un marché qui a vu une récolte moindre que prévue en 2015. Cette situation a déjà dopé les prix et l’entrée des trafiquants ne peut qu’aggraver les choses. Par crainte de se faire voler leurs gousses à la suite de l’envolée des prix depuis 2012, les paysans récoltent des produits à peine matures. Puis, le séchage est effectué à la va-vite. Résultat : le taux de vanilline est moindre par rapport à la normale. Les prix et la qualité ne sont donc pas à même d’inciter les acheteurs à opter pour la vanille de Madagascar. Pour assainir la situation, l’emballage sous vide devenu une pratique courante pour l’exportation, est interdit. Ce type d’emballage ne permet pas de contrôler la qualité des gousses. Plusieurs centaines de kilos de gousses vertes ont été également brûlées pour dissuader la récolte précoce.    

Sans des mesures fermes, des analystes internationaux prédisent un fort recul de la part de marché de Madagascar pour les années à venir. Le pays garantit la moitié des demandes mondiales. Mais avec l’envolée des cours, la culture de vanille redémarre en Inde, en Indonésie et en Papouasie Nouvelle-Guinée. Si la situation ne change pas à Madagascar, ce dernier pourrait être mis en difficulté par ces pays d’ici 2017-2018. Leur retour sur le marché pourrait, par la même occasion, faire chuter les cours à l’international. Il faut d’ailleurs souligner que les industriels de l’agroalimentaire commencent à se tourner vers un produit concurrent et qui pourrait être plus dangereux pour Madagascar que la vanilline synthétique. Il s’agit d’arômes naturels à base de riz et qui sentent étrangement la vanille de Madagascar.

Fanjanarivo    

La filière Vanille en péril ! 500 tonnes contre 3 000 tonnes l'année dernière. C'est la quantité de vanille prévue, à exporter par Madagascar cette année.

Baisse du taux de vanilline dans la gousse. L'assainissement est de mise.( http://www.itbm.mg/)

La production de vanille pour la prochaine campagne sera réduite de moitié, en raison des mauvaises pratiques des planteurs, mais aussi de la désorganisation de toute la chaîne de valeur dans cette filière.

Selon les chiffres avancés par la Plateforme Nationale de la Vanille (PVN) présidée par Irène Souchaud Rahariseta, plus que 500 tonnes de vanille seront exportées cette année à cause de la cueillette prématurée des gousses, vu que le produit n'atteint pas le niveau de maturité nécessaire pour avoir un fruit de bonne qualité.

"Le marché international commence à être réticent par rapport à la vanille malagasy, vu la baisse de sa qualité. Pourtant la vanille de Madagascar est renommée pour son fort taux de vanilline dans les gousses et son bon parfum incomparable. Il faut sécuriser la filière, c'est la base de la qualité de la vanille".

Le taux de vanilline dans la vanille malagasy n'est plus que de 0.8 à 1.2% en raison des mauvaises pratiques perpétrées par les paysans producteurs, alors que la norme exigée par le marché international tourne autour de 1.7 à 2.4% de taux de vanilline dans la gousse de vanille. De plus, la vanille malagasy coûte de plus en plus chère en raison des spéculations de certains collecteurs, ce qui amène les acheteurs potentiels sur le marché international à se tourner vers d'autres produits de substitution.

Actuellement, le prix du kilo de vanille se négocie entre 500 et 600 000 ariary auprès des paysans producteurs, contre 100 à 150 dollars sur le marché international.

Il est évident que la filière requiert une réorganisation et un assainissement. Redorer l'image de la vanille de Madagascar est l'objectif principal de cet assainissement.

(Source PVN)

L'exportation de vanille et dérivées de Madagascar en chiffres:

2010: 7.41 Millions USD

2011: 7.5 Millions USD

2012: 54.9 Millions USD

2013: 87.37 Millions USD

2014: 117.24 Millions USD

(Source DGD/DSCD)