Orange Madagascar et son DG sont des hors-la-loi. L’ARTEC (Autorité de régulation des télécommunications) l’a fait savoir au public jeudi dernier dans un communiqué officiel. « La société Orange Madagacar ne s’est toujours pas acquittée entièrement de toutes ses taxes et redevances ARTEC au titre de l’exercice 2015 », indique-t-on notamment. Selon nos sources, ces impayés de chiffrent à environ 30 milliards FMG. « Ce n’est vraiment pas le chiffre qui est relativement modeste par rapport au marché des télécommunications en général mais c’est la volonté de ne pas payer qui est choquant », soulignent des observateurs indépendants.

Le comportement est d’autant plus grave que l’Artec a été obligé de sortir de ses gongs pour répondre à des mensonges éhontés de la part de compagnie française de téléphonie. Aussi, Orange Madagascar n’a-t-elle pas encore signé le cahier des charges relatif au renouvellement de sa licence télécoms pour dix ans, contrairement à ce qu’elle a annoncé dans son communiqué officiel du mercredi 27 avril 2016. « A la différence des autres opérateurs mobiles (Telma et Airtel, Ndlr) qui exercent leurs activités dans le plein respect de la législation en vigueur, la société Orange Madagascar opère aujourd’hui de manière illégale et ne saurait se prévaloir d’avoir signé unilatéralement un cahier des charges, “modifié” par elle-même, malgré le fait que la justice ait définitivement rejeté toutes les demandes d’annulation d’Orange Madagascar (des textes en vigueur, ndlr) », a répondu l’Artec.

Si ce n’est un flagrant délit de mensonge, c’est tout comme. Et Michel Barré, le DG d’Orange, n’a aucune excuse même s’il exerce dans une république des menteurs. La communauté des affaires est d’ailleurs terriblement gênée par cette « affaire Orange ». Par son nombre d’emplois, son chiffre d’affaires et ses investissements sans cesse innovants pour raccorder Madagascar au monde de la technologie, cette société est, en effet, l’une des plus importantes représentantes de la France à Madagascar et l’un des plus gros investissements étrangers dans le pays, outre ceux réalisés dans les mines. Bref, Orange Madagascar constitue par la force des choses un modèle que la communauté des affaires dans le monde scrute attentivement.

Et voilà que le DG de la compagnie déclare à la face du monde que les autorités gouvernementales et de régulation sont corrompues. Sans piper mot à ces accusations, l’Artec répond en mettant en avant les irrégularités d’Orange Madagascar. Personne ne peut deviner quand et comment va se terminer ce bras-de-fer. En attendant, l’affaire est largement traitée par la presse en ligne et la conclusion qu’on peut en faire est qu’à Madagascar, on peut d’une part accuser sans preuves et d’autre part, exercer une activité en toute illégalité. Les autorités compétentes ne régissant point, ce n’est ni plus ni moins qu’un appel à la racaille du monde entier à venir chez nous.

Ce n’est pourtant pas ce genre de pays que le peuple a voulu façonner par ses mouvements répétés. Ce n’est pas non plus à ce genre de pays que la grande communauté de la francophonie veut confier l’organisation de son sommet. A six mois du rendez-vous, la France et l’OIF peuvent faire encore pression sur Orange Madagascar pour se conformer à la législation. L’Etat malgache doit également réagir en suspendant les activités d’Orange Madagascar. C’est pénalisant pour les pauvres abonnés mais c’est le moyen d’affirmer l’Etat de droit. Les techniciens du ministère des Télécommunications et de l’Artec sont d’ailleurs unanimes à exiger la suspension des activités d’Orange Madagascar jusqu’à sa mise en conformité à la législation tant sur les droits que sur les textes. « En parallèle, les accusations doivent être précises pour permettre aux autorités compétentes d’orienter les enquêtes et prendre les mesures qui s’imposent». Sinon, cette affaire en particulier et la corruption en général ne connaîtrait jamais son épilogue « point Barré ».

Salomon Ravelontsalama