La réfection, tant attendue, des chaussées de la capitale est en cours. Cependant, elle ne présente pas que des aspects positifs. En effet, certains conducteurs ont tendance à rouler vite, très vite, beaucoup trop vite. Pour les individus simples d’esprit, sûrs de leur conduite ou imbibés d’alcool, le bitume neuf et glissant, sans trous ni aspérités, est un appel à la grande vitesse. Pourtant, pour ceux qui en ont déjà fait l’amère expérience, un accident est si vite arrivé. Mille évènements peuvent provoquer un drame de la route : un chien qui traverse, un scooter qui surgit en face, un nid de poule qu’on ne voit qu’au dernier moment, une charrette à bœufs qui circule la nuit, un conducteur qui néglige la priorité, des moellons qui sont posés sur la chaussée dans un virage. Bref, tout peut survenir dans un pays où les panneaux de signalisation manquent et où l’on peut acheter son permis de conduire. Dans ce contexte, il n’y a rien de plus dangereux qu’une ligne droite revêtue d’une nouvelle couche d’asphalte. En effet, libérés de toute contrainte, certains conducteurs se sentent investis d’une toute-puissance. Pour cela, les chauffeurs de bus des zones urbaines et suburbaines sont les champions. Ils se croient autorisés à appuyer à fond sur l’accélérateur. Ils ont vite fait de s’imaginer au volant d’une voiture de rallye jusqu’à ce que l’accident fatal survienne. Ils atteignent le summum de leur bêtise lorsqu’ils osent insulter les passagers qui leur demandent instamment de ralentir. Pour les pacifistes, il faudrait pardonner aux chauffeurs de bus criminels et prier pour eux car ils ne sont pas conscients de leur conduite dangereuse. Pourquoi pas la béatification ? Pour les radicaux, les chauffeurs criminels doivent être lynchés et brûlés sur place. La vindicte populaire n’est-elle pas dans l’air du temps ? Entre ces extrêmes, il y a les légalistes et les pragmatiques. Les premiers exigent du Ministère Public le placement systématique sous mandat de dépôt des chauffeurs de bus responsables d’accidents corporels. Les seconds demandent aux compagnies d’assurance de quintupler les primes d’assurance des bus ayant causé des accidents corporels.
Phil de Fer
