Le labyrinthe populaire, incompétence ou dessein, volonté ou fatalité ? Les républiques se suivent, les promesses des gouvernants tombent et se perdent dans les dédales, l’argent continue à couler à flot pour préparer l’accueil des événementiels, pour fructifier les avoirs de quelques initiés dans les comptes en banque éparpillés dans les pays d’accueil complaisants de par le monde, l’Administration s’écroule sous les doléances, … et la population s’enlise de plus en plus dans la misère sociale, psychologique, intellectuelle, financière … Quand va-t-on lui dérouler le fil d’Ariane et, Qui sera ce « on » ?

Quand la vindicte populaire enfle et se matérialise avec de plus en plus de violence, dans l’acceptation collective exprimée ou silencieuse, toute civilisation doit s’interroger sur son devenir.

La vindicte populaire c’est avant toute chose, une réaction « animale » et collective d’une population face à une situation dégradée, pourrie. La vindicte populaire c’est avant toute chose, un acte collectif désabusé, désespéré, d’une population à la recherche d’un nouvel équilibre. La vindicte populaire nait d’un sentiment d’impunité totale et récurrent, d’un sentiment de danger permanent, d’insécurité, d’un sentiment d’abandon, d’injustice, de duperie, d’un état de misère total…

La vindicte populaire est l’ultime parade quand tout a échoué. Et à ce stade de manifestation le lien est rompu, la zone de non droit est instaurée, la vindicte populaire se substitue à la justice institutionnalisée ; la colère couve et le risque d’explosion est latent.

La préoccupation capitale de toute communauté humaine est dans la volonté constante et permanente d’accorder à chacun son droit, c’est l’interprétation et le sens donné au terme de Justice, justice qui se fonde sur le lien social, car la Justice a une véritable mission sociale, une mission de réconciliation dans la résolution d’un conflit qui touche la communauté.

La préoccupation capitale de toute communauté est de préserver les valeurs, les idéaux collectifs formalisés ou pas, les normes sociales, les modèles de comportements socialement acceptés qui découlent par ailleurs du système de valeurs de la société et qui régissent les conduites individuelles et collectives.

Ainsi quand il y a déviance, quand un individu, un groupe déroge, transgresse ces normes sociales formalisées, ces normes juridiques, il est légitime que la communauté fasse appel au pouvoir judiciaire institutionnalisé et professionnel, au pouvoir de police pour réparer l’impact de la déviance et restaurer l’harmonie au sein de la communauté dans sa globalité. Or l’appel, les appels ont dû être vains pour arriver à ces situations extrêmes. Un appel au secours qui a résonné dans le vide, pourquoi ? C’est parce que la communauté s’est trouvée dans cette situation de perplexité et de dénuement extrême, qu’elle a commis l’acte ultime, irrémédiable.

Les normes ont été à deux fois bafouées, par ceux qui ont spolié la communauté et par la communauté qui s’est faite justice elle-même. Dans une République unie et indivis, dans un Etat de droit la loi s’applique à chacun et à tous. Ainsi cette déviance collective ne peut être la normalité, or les vindictes populaires semblent se substituer de plus en plus à l’institution judiciaire. Est-ce parce que la communauté ne retrouve plus dans le fonctionnement judiciaire les deux caractères fondamentaux qui donnent sens à la terminologie : conformité au droit et impartialité ? Pour rappel, l’Article 13 de la Déclaration Universelle du Droit de l’homme stipule :

« Tout individu est assuré de l'inviolabilité de sa personne, de son domicile et du secret de sa correspondance.

Nulle perquisition ne peut avoir lieu qu'en vertu de la loi et sur ordre écrit de l'autorité judiciaire compétente, hormis le cas de flagrant délit.

Nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi promulguée et publiée antérieurement à la commission de l'acte punissable.

Nul ne peut être puni deux fois pour le même fait.

La loi assure à tous le droit de se faire rendre justice et l'insuffisance des ressources ne saurait y faire obstacle.

L'État garantit la plénitude et l'inviolabilité des droits de la défense devant toutes les juridictions et à tous les stades de la procédure y compris celui de l'enquête préliminaire, au niveau de la police judiciaire ou du parquet.

Toute pression morale et/ou toute brutalité physique pour appréhender une personne ou la maintenir en détention sont interdites.

Tout prévenu ou accusé a droit à la présomption d'innocence jusqu'à ce que sa culpabilité soit établie par une décision de justice devenue définitive

La détention préventive est une exception. »

Derrière cet acte collectif se traduit le besoin et la nécessité d’un investissement d’éducation populaire afin de permettre à chacun de s’épanouir et de trouver une place dans la communauté, une éducation qui reconnait à chacun la volonté et la capacité de progresser et de se développer.

Derrière cet acte collectif, la communauté recherche une autorité légitimée, légalisée et compétente, une décision de proximité, une décision dans l’équité qui a pour préalable la connaissance parfaite de l’environnement et du terrain ; la communauté recherche l’autorité naturelle du « Ray amandReny » dont la sagesse et la sagacité n’est plus à prouver, la communauté recherche l’autorité légitime du « fokontany » qui a eu comme rôle séculaire de contrôler et maintenir la communauté dans la hiérarchie instituée, acceptée, respectée. La communauté revient aux sources de la Justice délivrée par les autorités locales. Chacun à sa place, chacun responsable de sa place parmi les autres, chacun vigilant pour le confort de l’autre. Cette éducation populaire ne serait-il pas tout simplement retrouver ces racines profondes, ces valeurs prônées par les ancêtres et remis aux oubliettes sous prétexte de modernité. Combiner et harmoniser Hier et Aujourd’hui pour un demain meilleur dans une République Unitaire

Quel que soit la pertinence de l’analyse, il est essentiel de recueillir l’analyse des spécialistes pour orienter la politique adaptée à cette « situation de crise ». La Presse est une invite à une constance vigilance tant collective qu’individuelle pour à aiguiser une lucidité critique sans aucune connotation de pessimisme ou d’incitation à la révolte.

La Presse et la Littérature nous ont rapporté les traces encore récentes de l’Histoire, ces traces d’explosions populaires récupérées par « ces » hommes avides de pouvoir et imperméables à la misère humaine, maîtrisant le verbe et la joute oratoire, que le peuple va affubler du titre de Libérateur avant de devenir le futur Dictateur.

Dans ce pays où les livres sont inaccessibles, trop onéreux, la Presse, que l’on peut qualifier de diversifiée car représente toutes les sensibilités, apporte dans les chaumières de quoi croiser les informations, de quoi alimenter la réflexion ; au citoyen de prendre le relais et d’exprimer quel devenir il veut pour son Pays, pour sa Nation. Au citoyen d’assumer la plénitude de ses droits et de ses devoirs. Se plaindre sous le mouchoir n’a jamais été un geste citoyen. Pour entrevoir le bout du tunnel, une prise de conscience individuelle, une prise de conscience collective doit s’exprimer pour une responsabilité partagée sur le devenir du pays. Madagascar est une affaire de Tous et de Chacun, dans l’Esprit du Préambule.

Préambule.

Le peuple malagasy souverain,

Affirmant sa croyance à Andriamanitra Andriananahary,

Résolu à promouvoir et à développer son héritage de société vivant en harmonie et respectueuse de l'altérité, de la richesse et du dynamisme de ses valeurs culturelles et spirituelles à travers le « fanahy maha-olona»,

Convaincu de la nécessité pour la société malagasy de retrouver son originalité, son authenticité et sa malgachéité, et de s'inscrire dans la modernité du millénaire tout en conservant ses valeurs et principes fondamentaux traditionnels basés sur le fanahy malagasy qui comprend « ny fitiavana, ny fihavanana, ny fifanajàna, ny fitandroana ny aina », et privilégiant un cadre de vie permettant un « vivre ensemble » sans distinction de région, d'origine, d'ethnie, de religion, d'opinion politique, ni de sexe,

Conscient qu'il est indispensable de mettre en œuvre un processus permanent de réconciliation nationale,

Convaincu que le Fokonolona, organisé en Fokontany, constitue un cadre de vie, d'émancipation, d'échange et de concertation participative des citoyens,

Persuadé de l'importance exceptionnelle des richesses de la faune, de la flore et des ressources minières à fortes spécificités dont la nature a doté Madagascar et qu'il importe de préserver pour les générations futures,

Constatant que le non-respect de la Constitution ou sa révision en vue de renforcer le pouvoir des gouvernants au détriment des intérêts de la population sont les causes des crises cycliques,

Considérant la situation géopolitique de Madagascar et sa participation volontariste dans le concert des nations, et le pays faisant siennes, notamment :

- la Charte internationale des droits de l'homme ;

- les conventions relatives aux droits de l'enfant, aux droits de la femme, à la protection de l'environnement, aux droits sociaux, économiques, civils et culturels,

Considérant que l'épanouissement de la personnalité et de l'identité de tout Malagasy, est le facteur essentiel du développement durable et intégré dont les conditions sont, notamment :

- la préservation de la paix, la pratique de la solidarité et le devoir de préservation de l'unité nationale dans la mise en œuvre d'une politique de développement équilibré et harmonieux ;

- le respect et la protection des libertés et droits fondamentaux ;

- l'instauration d'un État de droit en vertu duquel les gouvernants et les gouvernés sont soumis aux mêmes normes juridiques, sous le contrôle d'une justice indépendante ;

- l'élimination de toutes les formes d'injustice, de corruption, d'inégalités et de discrimination ;

- la gestion rationnelle et équitable des ressources naturelles pour les besoins du développement de l'être humain ;

- la bonne gouvernance dans la conduite des affaires publiques, grâce à la transparence dans la gestion et la responsabilisation des dépositaires de la puissance publique ;

- la séparation et l'équilibre des pouvoirs exercés à travers des procédés démocratiques ;

- la mise en œuvre de la décentralisation effective, par l'octroi de la plus large autonomie aux collectivités décentralisées tant au niveau des compétences que des moyens financiers ;

- la préservation de la sécurité humaine.

Recueillie par

Nancy Razanatseheno