La tranche d’âge des 15-30 ans sont les plus concernés par le chômage (83%) si les jeunes en quête de leur premier emploi représentent 62% des chômeurs. Au lendemain de la journée mondiale des travailleurs, ces données du Plan national de développement (PND) révèlent le manque d’initiative de l’Etat en faveur des jeunes. En effet, il n’existe aucune structure dédiée pour la mise en œuvre de la politique nationale de l’emploi et de la formation professionnelle validée sous le gouvernement Ravelonarivo. Et les jeunes en sont les premières victimes, puisqu’ils constituent la majeure partie de la population en âge d’être en activité. Il faut d’ailleurs ajouter aux données citées plus haut le poids du sous-emploi qui concerne 11% de la population active, et de l’emploi inadéquat touchant plus de 81% de cette population. Ainsi, le chômage déguisé est nettement plus important que le chômage tout court selon la définition de l’Organisation internationale du travail (OIT). Ce type de chômage affecte 84% de la population active.

Autrement dit, celle-ci ne bénéficie pas d’un emploi décent, c'est-à-dire à même de l’aider à obtenir un revenu suffisant pour subvenir à ses besoins fondamentaux (la nourriture, le logement, l’éducation, la santé, les loisirs…) C’est la raison pour laquelle l’extrême pauvreté touche 52% des Malagasy si la pauvreté définie par un revenu de l’équivalent de moins de 2 dollars par jour ou moins de 6 000 Ar concerne 93% de la population. Il faut aussi noter que de nombreux actifs doivent venir en aide aux chômeurs. C’est ainsi que dans la capitale, 60% des ménages doivent compter sur leurs familles et leurs amis pour assurer leur survie. Ce système ne permet pas aux actifs au revenu décent de profiter dudit revenu. Il arrive même qu’à force de soutenir les amis et proches pauvres, des actifs s’appauvrissent. Ce problème explique en partie l’absence d’une classe moyenne à Madagascar. Le fossé entre la marée de pauvres et l’îlot de riches n’est pas atténué par la classe moyenne. Celle-ci fait pourtant partie des facteurs qui boostent la croissance via la consommation tant en quantité qu’en qualité, dans de nombreux pays africains comme le Kenya, le Mozambique, l’Ethiopie, le Rwanda, la Côte d’Ivoire.

Avec un taux très élevé de chômage déguisé, la Grande Ile s’éloigne d’un tel scénario. Et pour corser le problème, rien de bien concret n’est en place afin d’atténuer un tant soit peu, rien que la pauvreté extrême. Rappelons que même avec les aides extérieures au compte-gouttes, la transition a mis en place un filet de sécurité. Elle a été d’une valeur de 12 millions de dollars tirés de la somme versée en 2010 par le consortium chinois Wisco pour l’accès au gisement de fer de Soalala. Certes, ce filet de sécurité réservé à quelques villes du pays n’était pas parfait, mais il avait le mérite d’avoir existé. Sous l’actuel régime, aucune initiative n’est en place pour venir en aide aux plus pauvres et aux vulnérables, c'est-à-dire ceux qui sont susceptibles de basculer dans l’extrême pauvreté. Rien n’est non plus en place pour lutter contre le chômage déguisé. Il n’y a qu’à observer dans la capitale ces chapelets de jeunes qui courent après les voitures pour vendre à la sauvette toutes sortes d’articles.

Fanjanarivo