73% des adolescents et jeunes de 15 à 25 ans prennent du cannabis selon le chiffre avancé par un centre de cure de désintoxication de la capitale. Et dernièrement, un autre organisme a avancé que non moins de 5 adolescents et jeunes devenaient fous toutes les semaines à cause de cette drogue. Malgré ce fléau de santé publique qui touche à la fois le physique et le mental, aucune stratégie claire n’est en place pour lutter contre. Des voisins d’adolescents arrêtés par la police et habitant les bas quartiers témoignent :
« Probablement alertée par les émissions télé et les articles de journaux sur la montée en force de la consommation de cannabis chez les jeunes, la police bouge. Depuis quelques temps, des policiers dont certains en civil sillonnent des bas quartiers. Malheureusement, ils ne sont pas là pour épingler les vendeurs de joints (ou dealers). Ils courent après les fumeurs pour extorquer ensuite de l’argent auprès des parents de ces jeunes. Le pot-de-vin réclamé pour libérer ces derniers varie de 100 000 à 200 000 Ar ! Une mère de famille, en plus d’avoir eu le choc de savoir que son fils prend du cannabis, a dû faire des pieds et des mains pour trouver une telle somme. Elle a dû emprunter auprès des voisins ».
Il faut remarquer que les montants cités plus haut sont plus qu’exorbitants pour des ménages pauvres dont le revenu ne dépasse pas 6 000 Ar/jour. Et quand on parle des bas quartiers, la pauvreté est encore plus aigüe. Notons que 52% des Malagasy vivent dans l’extrême pauvreté, c'est-à-dire dans la misère. Et de nombreux ménages des bas quartiers sont fort probablement à classer dans cette catégorie. La misère crée son lot de problèmes dont l’alcoolisme, la violence, les crimes et délits, le cannabis… Et ces derniers temps, prendre un joint semble être un phénomène de mode chez des adolescents et jeunes de la capitale. Certes, aucune étude ne dresse le profil social des fumeurs de cannabis, mais selon les cas observés, de nombreux jeunes fumeurs sont issus de ménages monoparentaux souvent dirigés par la mère. Souvent, il est très difficile pour cette dernière de conjuguer activités économiques et éducation des enfants. D’ailleurs, elle n’a guère d’emprise sur l’environnement social de ses progénitures, c'est-à-dire l’école, les relations sociales, les loisirs…
En réalité, la lutte contre le cannabis ne devrait pas se limiter à l’arrestation des fumeurs. En fait, elle devrait faire l’objet d’une stratégie claire car même le profil des fumeurs et des dealers n’est pas bien connu. Le réseau qui va de la plantation jusqu’à la consommation devrait être également disséqué, etc. L’idée est d’avoir tous les éléments d’information et les données pour décortiquer la filière, envisager et mettre en œuvre une stratégie efficace. Seulement, cette approche n’est pas adoptée par les autorités concernées. Il fut un temps où la lutte contre le cannabis a consisté à brûler des champs de cannabis, notamment dans le Nord du pays. Les mouvements de lutte actuels ne sont pas à même de démanteler la filière. Ils ne touchent que les acteurs finaux, c'est-à-dire les fumeurs. De plus, ils laissent planer des doutes sur d’éventuelles connexions entre les autorités et les dealers. Notons qu’un joint se vend jusqu’à 1 000 Ar, alors qu’un fumeur prend 2 à 3 joints par jour.
Fanjanarivo