A six mois de la date prévue, le sommet de la francophonie a fini par être le sujet de conversation malgré le grave déficit en communication du comité d’organisation et de l’OIF (Organisation internationale de la francophonie).
Depuis l’après-midi du mercredi, nos sources disent être au courant d’une note verbale informant les autorités malgaches du retrait de l’organisation du XVIème sommet de la francophonie à Madagascar.
Depuis, on n’a eu de cesse pour essayer de confirmer auprès de la Présidence, plus précisément des membres de la direction. Des approches ont été également faites auprès des confrères au service du comité d’organisation du sommet. Personne ne nous a confirmé ni rapporté un quelconque indice pouvant conduire à un éventuel report voire un retrait du rendez-vous.
On nous fait même remarquer que du comité d’organisation, une stratégie de communication vient d’être mise en place. Sur le plan sécuritaire, les réunions se succèdent jusqu’à très tard parfois. Et au niveau des infrastructures, le rythme s’accentue pour que tout soit prêt dès le mois d’octobre.
Hier en conseil des ministres, rien sur un éventuel retrait du sommet n’a été discuté. La communication de la ministre des Affaires étrangères rapportait d’ailleurs « une visite de travail sur les préparatifs du sommet ».
Bref, le pays continue de se préparer activement. En présentant ses lettres de créances au Chef de l’Etat, mercredi après-midi, la nouvelle ambassadrice du Canada s’est réjouie de l’invitation envoyée par Madagascar pour le sommet. Par rapport à nos sources, cette déclaration n’est ni plus moins un démenti. A moins que la diplomate n’est au courant des dernières évolutions de la situation. En effet, le Québec au Canada et la Suisse sont indiqués pour remplace Madagascar.
La Suisse a déjà remplacé Madagascar en 2010 tandis que le Canada avait également accueilli le sommet en 1999, les deux pays ayant l’expérience et surtout les infrastructures pour ce genre de sommet. D’après nos sources cependant, la principale inquiétude qui expliquerait la décision de tenir le sommet dans un autre pays que Madagascar, serait d’ordre sécuritaire.
Nous-mêmes n’avons eu de cesse d’alerter les pouvoirs publics sur ce risque (lire, entre autres, notre édition du 15 février 2016 : « terrorisme : l’aéroport d’Ivato ne rassure pas ! »). Nos articles successifs ont rapporté des faits inacceptables sur le plan de la sûreté comme l’octroi par l’ACM de badge permettant à n’importe quel quidam et/ou terroriste d’accéder librement aux avions. D’après les professionnels, l’organisation mise en place par le DG de l’ACM vient en contre-pied des mesures et investissements pris par CSPI/Samada dans le cadre du projet de sûreté aéroportuaire. L’expert canadien venu sur place pour évaluer le niveau sécuritaire sur place a été d’ailleurs effaré par les manquements de la principale entité responsable qu’est l’ACM. Et il y a peine quelques jours, des agents de renseignements français étaient sur place et sont repartis sur la même inquiétude.
Ces agents penseraient que le risque terroriste est minime à Madagascar tout simplement parce que le pays sert de base arrière pour les djihadistes. Néanmoins, les entraves quasi-légalisées aux mesures de sûreté établies par la société concessionnaire (CSPI/Samada) laissent des doutes. Qui plus est, le projet de concession des aéroports d’Ivato et de Nosy-be qui a été attribué au consortium conduit par ADP (aéroport de Paris), a lamentablement échoué.
La concession des aéroports a été pourtant décidée, entre autres, en vue du sommet de la francophonie. Mal ficelé, le dossier a tourné à l’incident diplomatique. Flouée, la Chine se trouve aujourd’hui compensée par la construction de la nouvelle route d’Ivato via Soavi-
masoandro et peut-être la construction des camps militaires devant abriter les forces d’intervention aéronavales d’Ivato (Bani, Bana). Le transfert de ces bases n’ayant pas figuré dans le marché, le consortium ADP a préféré abandonner après l’insistance des négociateurs malgaches.
Ces données infirmeraient nos sources sur un déplacement du sommet de la francophonie qui ne serait pas, en fait, une mauvaise chose. Pour le régime Rajaonarimampianina, ce serait une occasion de répondre positivement à une certaine frange de l’opposition qui réclame l’abandon de l’organisation de ce sommet en faveur d’autres actions sociales prioritaires. Le gouvernement pourrait sauver la face en annonçant un éventuel retrait à la veille ou durant la visite du SDG de l’ONU, Ban Ki-Moon.
De toute façon, il n’y a pas que la visite du patron des Nations Unies, il y a aussi le sommet du Comesa qui est programmé au mois d’octobre, avant le sommet de la francophonie. Les immeubles et routes en cours de construction servent d’abord à ce sommet avant celui de la francophonie. Personne ne le dit faute de communication.
Salomon Ravelontsalama