Tout le monde aura remarqué qu’après la litanie du « ce n’est pas ma faute », entendre donc que c’est la faute des autres, qu’il est irresponsable à la limite frappé d’incapacité ; voici que le nouveau credo du Président est « j’ai donné l’ordre ». Il a fait le tour de la ville incognito et a découvert l’état exécrable des routes. De suite, il a donné l’ordre que les routes de la capitale soient refaites, même si ce n’est pas dans les normes, même si dès les premières pluies la fine couche d’asphalte va assurément partir. Mais l’essentiel est qu’il ait donné l’ordre, que des engins envahissent les rues de la capitale, que les routes soient arrangées même si ça ne durera pas un an. Il lui reste à sillonner tous les autres axes routiers de toute l’île afin que toutes les routes soient refaites de cette façon, c’est-à-dire mal mais au moins il y aura de la gesticulation comme il l’aime. Après avoir fait ce tour de la ville pour vérifier si l’ordre a été exécuté à l’instar des « inspecteurs des travaux finis », voilà que le Président s’est aventuré à aller au centre commercial La City, on ne sait au juste pourquoi mais en tout cas mal lui en a pris : il n’a pu que constater l’indifférence des gens quant à sa personne, quant à son couple et quant à ses gesticulations. Il faut dire que le centre commercial la City, l’endroit était mal choisi. Les couloirs sont arpentés majoritairement de personnes qui ont l’habitude des grands centres commerciaux occidentaux, si bien qu’y voir le président de la république n’emporte pas enthousiasme à moins qu’il ait avec lui des stars de la chanson ou du cinéma. Et puis voilà que des accidents meurtriers ont eu lieu et aussi rapide que pour les routes, le Président a donné l’ordre pour que des mesures soient prises. Donner l’ordre est devenu sa spécialité, après tout c’est bien son rôle.
En effet, il est détenteur du pouvoir et en ce sens il use de ce pouvoir en donnant des ordres pour que les routes soient refaites, pour que des mesures soient prises par rapport aux transports en commun et cela parce qu’enfin il a vu de ses yeux vus les conséquences de ces accidents et l’inertie de son équipe quant à l’état des routes. Bon nombre de la population en vient alors à espérer qu’il puisse voir de ses yeux le délestage qui plonge les quartiers dans le noir les nuits, qu’il puisse voir l’insécurité vécue au quotidien par la population, qu’il puisse voir l’état de certains hôpitaux et centres de soins publics. Au lieu de se pavaner dans les endroits luxueux tels que la City, il ferait mieux d’aller au cœur de la ville, là où les gens pour faire le moindre pas craignent pour leur sécurité, là où on arrache les sacs des dames avec une violence qui laisse tout le monde pantois, là où on tue sans état d’âme pour attaquer une maison, pour prendre les recettes journalières d’une petite boutique de quartier…Une fois qu’il verra cela, il finira bien par donner l’ordre afin que des mesures drastiques soient enfin prises dans l’intérêt de la population. S’il est incontestable qu’il est entouré de beaucoup de personnes qui finalement ne servent strictement à rien, qui ne servent pas à grand-chose vu qu’il lui faut voir de visu l’état des routes avant de prendre des mesures ; qu’il lui faut voir ces corps d’enfants gisant sur leur lit de mort avant de donner l’ordre que des mesures soient prises, il est peut-être temps qu’il fasse le ménage autour de lui ça grèverait moins le budget de l’Etat. S’il est incontestable qu’il est détenteur du pouvoir, il semble par contre clair qu’il ne sent nullement responsable : « manam-pahefana fa tsy tompon’andraikitra ». Qu’il continue de donner des ordres mais des ordres idoines comme faire cesser les interventions de son entourage dans les affaires de justice, comme sanctionner la corruption même si elle peut toucher ses proches, comme demander à ces personnes qui l’entourent de cesser d’agir comme si elles aussi elles étaient des « détenteurs de pouvoir » qui « donnent des ordres » et qui sont soit « irresponsables » soit « au-dessus des lois ». A moins que ce ne soit la marque de fabrique des « détenteurs de pouvoirs » à Madagascar depuis des années pour ne faire référence qu’aux dix dernières années.
Anaïs T.