Trop anémié pour faire décoller l’économie, le taux de l’investissement public pour cette année 2016 n’est pas à même de donner un coup de pouce à ce décollage. Il représente seulement 32% du budget de l’Etat. Autrement dit, les dépenses de fonctionnement accaparent ce budget, soit 68%. En réalité, les dépenses publiques pour l’investissement demeurent très faibles : 14% selon la loi de finances rectificative de 2015, et 10% d’après la loi de finances rectificative de 2014. Certes, une tendance à la hausse est observée sous le régime actuel, sauf qu’elle reste très inférieure aux allocations sous la transition. Ce qui veut dire que le régime actuel dûment élu et bénéficiaire de la reprise des aides extérieures, fait triste figure comparé à la transition. Cette dernière n’a pourtant enregistré que des aides au compte-gouttes. Malgré tout, les dépenses d’investissement en 2010 ont représenté près de 43% du budget public, contre 40,3% tant en 2011 qu’en 2012. A l’époque déjà, le directeur général du Trésor public a expliqué qu’avec une telle répartition (40% pour l’investissement et 60% pour le fonctionnement), le pays ne pouvait parler de reprise économique. Car l’investissement privé a été handicapé par un mauvais climat des affaires. Il appartenait donc à l’Etat d’assurer une bonne partie de l’investissement.

Le même scénario a toujours cours puisque l’environnement des affaires est loin de s’améliorer. De plus, le partenariat public-privé prôné par le pouvoir en place peine à prendre de l’essor. Il ne compense pas le manque d’investissement privé. De son côté pourtant, l’Etat fait reculer la part qu’il alloue à l’investissement. En 2013, cette part a été de 25,4% du budget public, 10% en 2014 et 14% en 2015. Une certaine reprise est observée cette année. Mais elle est inférieure à la moyenne dans les Etats fragiles subsahariens selon les données du FMI, soit 20,3% du PIB pour ce groupe de pays contre 18% du PIB pour Madagascar. En fait, la priorisation des dépenses demeure un grand problème. Sous la transition, le Trésor public a pointé du doigt les dépenses folles en chèques-carburant de l’administration et les méga-subventions pour la Jirama. Le régime actuel ne fait aucunement preuve d’innovation dans ce domaine : il continue à augmenter les méga-subventions, alors que ces dépenses de fonctionnement pourraient être injectées dans l’investissement public.

Ces dépenses contribuent à gonfler les dépenses de fonctionnement tout en amenuisant celles pour l’investissement. Et malheureusement, l’Etat ne compte plus un responsable du Trésor public qui ose lancer des critiques constructives contre les piètres modes de dépenses de l’Etat. Sous la transition et jusqu’au début du régime actuel toutefois, cette institution est même allée jusqu’à étayer ses critiques avec des chiffres comparatifs très parlants. Citons les chèques-carburant dont le montant d’alors aurait pu aider le pays à s’acheter des bateaux de surveillance à même de couvrir les 5 400 km de côtes si seules 14% de cette superficie font l’objet de surveillance. Quant aux méga-subventions de la Jirama de 2010 à 2013, elles auraient pu financer la construction de 13 centrales hydroélectriques de 15 MW chacune.

Fanjanarivo